Les dossiers de Octobre 2003

>HERITAGE ET PERSPECTIVES :

Depuis la fin des années 60, le quartier St Michel a été vidé de sa substance principale : les universités de la République ; puis il fut malmené par des aménagements de voirie, qui transformèrent ses larges rues en voie de transit rapide et ses boulevards en parc de stationnement, et par un règlement généreux pour la construction d'immeubles hauts de huit étages et épais de 15m venant progressivement se substituer à des maisons de ville bourgeoises de 3 niveaux et d'une dizaine de mètres de profondeur. Il ne faut plus laisser les transformations aller dans ce sens. Il apparaît nécessaire, aujourd'hui, de définir une politique urbaine volontaire, ordonnée tout d'abord par le patrimoine hérité et l'esprit des lieux. Trois axes de travail sont à engager ou à poursuivre : reconquérir l'espace public, requalifier les anciennes universités et notamment leurs cours et préaux, préserver et renforcer la vocation muséographique du quartier

Par Didier Joseph-François, Président de la Renaissance du Lille Ancien.

Reconquérir l'espace public.
Ce travail est engagé avec la requalification de J. B. Lebas mieux connu sous son ancienne dénomination de boulevard des Ecoles. Il faut poursuivre la reconquête des espaces publics et faire valoir les qualités des rues et boulevards. Le quartier St Michel apparaît comme une vaste grille, aux rues droites et orthogonales, complétées par un faisceau de huit rues en étoile autour de la Place Philippe le Bon. Cette figure à la manière haussmanien a permis d'augmenter les linéaires de façade par la configuration d'îlots triangulaires. Toutes ces rues furent installées par le plan d'agrandissement de 1858 puis réglées par les dispositions de l'arrêté préfectoral du 18 avril 1860, à 12m pour les plus petites , 16 ou 22 m pour les rues internes de liaison, 32m pour les boulevards, l'esplanade devant St Sauveur étant élargie à 120m. Les places furent géométrisées : un carré de 120m de côté pour la place n° IV baptisée : Philippe Le Bon, un hexagone de 70m pour Jeanne d'Arc, un rectangle de 150x100m pour Sébastopol, un petit triangle pour parvis devant la bibliothèque universitaire.

Le XXème siècle a abandonner ces territoires à la circulation et au stationnement, réduisant les trottoirs et les plantations d'alignement à une portion congrue. Il faut réaffirmer la vocation résidentielle du quartier et restaurer la qualité originelle des espaces publics tout en réfléchissant à de nouvelles vocations, par exemple accueillir le tram-train.

Requalifier les anciennes universités.
Les facultés de Lille représentent un important héritage d'architecture académique. Les facultés de Lettres et de Droit, l'école des Arts et Métiers et l'école de Journalisme maintiennent à St Michel la tradition universitaire ; d'autres bâtiments ont été réaffectés à des administrations de l'Etat, des syndicats, la maison de la Nature et de l'Environnement…; D'autres attendent encore de nouveaux usages comme une partie de la faculté de Médecine et de Pharmacie. Quelle que soit l'appréciation que l'on porte aujourd'hui sur cette architecture d'académie, l'ensemble constitué à St Michel à la fin du XIXème siècle impressionne par ses fastes pompeux et ses ordonnancements méthodiques. De plus, tous ces bâtiments sont réglés par une distribution autour de cours fermées ou semi-ouvertes, avec ou sans portique. La cour à portique, est depuis l'Antiquité, l'essence même du plan d'une école. Ce modèle fut repris par les universités de la Renaissance avant de servir de modèle aux universités de la République. A St Michel se trouvent une trentaine de cours, formées de cloîtres préservés des agitations du monde pour permettre la déambulation, la conversation et l'échange des idées. Il convient de réhabiliter leur usage, afin de servir un esprit des lieux et de restaurer une vie du quartier dans la ville.


Une vocation muséographique
Le musée houiller, le musée Gosselet de géologie et de minéralogie, le musée régional de zoologie appliquée, furent réalisés pour apporter aux étudiants des témoignages fossilisés et empaillés utiles à leur formation, mais également dans l'espérance de constituer "un caractère éducatif remarquable pour le public… Ce serait même l'occasion de permettre à des esprits cultivés d'aborder d'une manière plus concrète certaines questions de haute philosophie, en ce qui touche la généalogie de l'espèce et la grande doctrine de l'évolution". (A. Malaquin, professeur de zoologie générale et appliquée : Lille et la Région du Nord en 1909).

De ces trois musées, le musée d'histoire naturelle de Lille est l'héritier. Sa grande galerie témoigne la force des convictions du XIXème siècle pour comprendre et mettre en harmonie l'homme et la nature. Il doit-être restauré et agrandi en conservant

Cet héritage doit être maintenu là où il fut créer. Ces lieux doivent poursuivre la vocation muséale et pédagogique qui leur fut assignée par leurs créateurs, hommes politiques, universitaires et industriels assemblés.




A partir des années 1950, l’augmentation du nombre des étudiants rendait ces locaux surpeuplés et inadaptés à l’enseignement et à la recherche. Commence le temps du grand déménagement. En 1954, la faculté de Médecine s’installait dans le vaste ensemble du CHU. Deux ans plus tard, en 1956, la faculté de Droit quittait les bâtiments partagés avec les littéraires et gagnaient de nouveaux locaux, rue Paul Duez. Enfin, en 1969, les scientifiques partaient s’installer à Villeneuve d’Ascq, rejoints en 1974 par les littéraires et les juristes. Les locaux ainsi libérés furent immédiatement occupés par d’autres services de l’Éducation nationale (CRDP, CUEEP).

Si la place Saint-Michel ne peut plus se donner le petit air de Quartier latin qu’elle avait quand les beaux jours revenaient, si les librairies spécialisées qui s’y étaient installées ont toutes disparu à l’exception de celle de la rue de Valmy, le quartier des Écoles conserve une atmosphère qu'il convient de préserver. On peut aussi formuler le souhait que ces édifices soient mis en valeur et ne sombrent pas dans l'anonymat. Des panneaux pourraient rappeler leur destination primitive et les noms de ceux qui les ont édifiés. Dans le cadre de Lille, capitale européenne de la culture, ces bâtiments feraient bonne figure dans la liste des visites guidées proposées aux Lillois et à ceux qui viennent découvrir notre ville