Les dossiers de mars 2005

>Grimonprez-Jooris 1975….
Un permis de construire très particulier


Par Robert Biermant, membre titulaire de la commission départementale des sites, perspectives et paysages. .


Le 14 juin 1974, le conseil municipal de Lille adoptait une délibération (n° 74/7085) stipulant : « les travaux d’aménagement à grand gabarit de la section Lille-Marquette de la Deûle et notamment la reconstruction du pont Léon-Jouhaux doivent commencer en juillet. Or, pour permettre l’ouverture du chantier de cet important ouvrage d’art, la démolition des vestiaires du stade Jooris est nécessaire… Il est indispensable de reconstruire immédiatement des vestiaires sous les tribunes des secondes et d’aménager de nouvelles aires de stationnement ». Ainsi débutait ce qui allait devenir un dossier « brûlant » !


Etait-ce la vague euphorique faisant suite à la remontée du Losc en division 1, le même jour, par la délibération 74/7086, le même conseil municipal, décidait : « en raison de la suppression du stade Henri-Jooris, dans un avenir proche, l’administration municipale vient de décider son transfert sur le stade Grimonprez. L’établissement de l’avant-projet sera confié à un grand architecte… »

Trois semaines plus tard le dit conseil entérinait : « l’aménagement d’un nouveau terrain de foot-ball au stade Grimonprez, seul emplacement valable digne d’accueillir le LOSC… » et la désignation de l’architecte fut alors annoncée ( 5 juillet 1974). Sans avoir fait mention de la construction d’un nouveau stade, l‘opération Grimonprez-Jooris était irréversiblement engagée avec une rare rapidité, le financement devant être assuré par des nouveaux emprunts.

Dès septembre 1974, le permis de construire fut demandé et le dossier soumis aux services de l’Etat pour avis et observations ; c’est ainsi que l’Architecte des Bâtiments de France formulait le 3 octobre 1974 un avis favorable assorti de réserves conditionnelles en indiquant qu’il aurait été souhaitable que le stade soit avancé vers la Deûle, de façon à dégager la partie sud du mur de la Citadelle, monument historique classé depuis 1934, permettant une meilleure accessibilité, et pour des évacuations rapides « des blessés à secourir et prévenir toute panique… ». Peu après la Commission Départementale des Sites approuvait les dites réserves, ce qui leur conférait valeur de contraintes.

Il n’en fut rien observé dans la réalisation ultérieure des travaux, malgré ce que la Direction Départementale de l’Equipement – donc le Préfet – avait repris et rappelé par écrit. L’aménagement des terrains d’athlétisme en terrain de football, car le mot «  construction d’un nouveau stade » ne figure pas sur les plans, se fit sur le même emplacement.

Le permis de construire du 23 février 1975 du stade Grimonprez-Jooris a fait peu de cas de la législation relative aux monuments historiques. Il méconnaît également les prescriptions émises par l’architecte des Bâtiments de France – Le permis avait pour adresse l’allée des Marronniers, alors réservée aux piétons. La nouvelle adresse figurant pour le stade en 2003 : avenue du Paradis.

En 1973, la publication du POS révélait que cette zone était inconstructible !

 

La preuve de cette affirmation est apportée par l’examen des deux extraits de photographies aériennes, l’une prise avant la reconstruction du pont Léon Jouhaux, l’autre en juillet 2001 ;

En se référant à l’alignement des stands situés sur le terrain militaire (de forme triangulaire) on peut vérifier la superposition quasi-totale du terrain de football avec ce qui fut le terrain Grimonprez bénéficiaire de diverses opérations de modernisation jusqu’en février 1974 !