Actualités de l'association

Constat d’outrage à Lille


II existe plus d’une façon de venir au chevet du patrimoine bâti : parmi les plus violentes, citons la ruine programmée, et l’amputation telle que pratiquée naguère, par exemple à l’Hôpital Général de l’avenue du Peuple Belge.

Mais aujourd’hui, la mode non moins violente, semble être le lifting avec force botox tel que pratiqué en silence au Grand Magasin de la rue Royale, dénommé aussi Magasin général, Magasins généraux et à l’origine Magasin à blé des châtellenies. Il n’existe qu’un seul alibi pour justifier ces remèdes de cheval « c’était çà ou la ruine » entend-on.

On ne peut évidemment pas sous estimer les difficultés que génèrent la préservation, l’entretien et l’adaptation à un nouvel usage de ces bâtiments emblématiques d’une Ville et de son Histoire : bâtiments représentatifs, en l’occurrence, d’une société civile et d’un pouvoir provincial soucieux du bien public, la faim et la maladie, aussi importuns que l’étaient les casernements et les fortifications défensives d’un Vauban pour une société « militaire » et un pouvoir central soucieux d’assurer la sécurité aux frontières de son territoire. Notons que nous devons à la grande sagesse du pouvoir local de l’époque, la création de ce grenier à blé de la Flandre Wallonne entre 1728 et 1733 pour y stocker les céréales, autant pour faire face à d’éventuelles disettes que pour éviter les spéculations qu’elles pouvaient générer. Mais alors, on peut s’étonner de ce penchant des élus à invoquer régulièrement le terreau culturel et patrimonial régional comme assise d’un avenir de progrès, et, en parfaite contradiction, à laisser pourrir les situations et les choses pour finalement, abandonner le bien commun au secteur privé.

A propos de cet exemple récent, la Ville de Lille, consentante, accepte en 1985 de devenir propriétaire du Grand Magasin dans le cadre de la procédure dite d’échanges compensés Ville/Armée. De fait elle devient responsable et garante d’un patrimoine commun, et soumise aux obligations légales et morales du propriétaire. Puis, manque de moyens ou de volonté, vingt années s’écoulent sans que son propriétaire lui trouve un nouvel usage malgré de nombreuses tentatives infructueuses en raison même des difficultés de sa structure interne constituée d’une extraordinaire charpente de bois sur neuf niveaux, changement d’affectation d’autant plus délicat qu’il doit répondre aux obligations inhérentes à l’inscription du bâtiment à l’inventaire des Monuments Historiques (10 février 1948). C’est ainsi que le Ministère de l’Education Nationale renoncera à y installer son Centre Régional de Documentation Pédagogique.

Curieusement, pendant ces vingt années (1985-2005) d’une période faste en dépenses d’équipements muséaux sur le territoire tant national que régional, nulle suggestion d’un nouvel usage de ce type pour ce bâtiment n’aboutit, par exemple l’installation des plans reliefs. Lasse du poids de ce patrimoine pour lequel elle n’a aucun projet, , la Ville décide la mise aux enchères publiques de ce bien immobilier, ce qui fut fait « à la chandelle ». Un promoteur privé, connu sur la place de Lille, en fit l’acquisition à un prix supérieur aux estimations les plus optimistes, devançant les tenanciers d’un projet de casino. Mais le projet de résidence hôtelière de luxe se perdit vite dans d’obscures combinaisons et complications administratives ; il s’acheva de manière retentissante après le constat de la disparition de 4000M2 de plancher en chêne, revendu à la sauvette, en infraction avec la législation sur le monument historique. En 2005, c’est de nouveau l’effervescence autour du vieux bâtiment : une nouvelle vente publique est ordonnée. Un promoteur privé, l’Immobilière Marignan l’acquiert pour une somme supérieure aux hypothèses avancées et porte le projet d’y réaliser 76 logements en accession à la propriété. Mais est-ce la bonne solution à un problème jamais posé ? On peut en douter. Du strict point de vue de l’usager (à ne pas confondre avec celui du propriétaire).

- 2 ascenseurs pour 76 logements sur R+7, c’est bien peu.

- une bonne moitié des logements mono-orientés et pour beaucoup en plein nord.

- toutes les fenêtres de même gabarit quelle que soit la pièce concernée avec une hauteur d’allège d’au moins 1,20 mètre pour les 6 premiers niveaux.

- ni loggias, ni balcons, et pour cause.

On ne peut douter, par contre, du point de vue du dépositaire d’un héritage culturel et patrimonial, que nous sommes tous, que cette expression achevée, ici et jusqu’alors, de cette symbiose parfaite entre UTILITE, SOLIDITE et BEAUTE qu’énonçait déjà l’architecte romain Vitruve au 1er siècle avant Jésus-Christ ait été irrémédiablement perdue. Que reste-t-il aujourd’hui après que la promotion immobilière a fait son travail ? Quel gâchis sous ce maquillage vulgaire ! L’utilité nouvelle (autrement dit sa valeur d’usage actuel, le logement), non encore avérée, elle obère et ruine ce qui constituait la véritable originalité de ce bâtiment adapté hier à l’entreposage des subsistances civiles puis militaires, comme il l’aurait été aujourd’hui à la présentation des collections patrimoniales (industrielles ou artistiques) régionales, par exemple, réparties sur les 6 premiers niveaux de 1080 m2 chacun !

Alors, comment se fait-il que la puissance publique à quelque niveau que ce soit et pourtant éclairée par ses nombreux services compétents en la matière, n’ait pas saisi une opportunité si singulière à Lille et ait laissé commettre tacitement ce crime de lèse-patrimoine, de lèse-architecture. Mais aussi, comment et pourquoi l’équipe de maîtrise d’œuvre s’est-elle constituée comme suit : « Cabinet Wilmotte, architecte de l’opération, assisté du Cabinet Brunelle pour traiter de l’ensemble des points « Monuments historiques »  (Sic. Source Projex Igénierie du 13. 04.  06)

Ceci expliquerait-il cela ? Et quoiqu’il en soit, est-il convenable qu’un architecte en Chef des Monuments Historiques puisse-être juge et partie dans le dossier de cette opération ?

C. Dimey Citoyen et architecte.

 

Réorganisation des services du Ministère de la Culture


L’État affiche depuis de nombreuses années son désir de rassembler ses services extérieurs, dans le cadre de la montée en régime des lois de décentralisation.

Cette politique volontariste, qui soulève bien des controverses entre État et Collectivités territoriales sur les transferts de compétences et leur prise en charge financière, connaît une nouvelle actualité avec le projet de fusion entre les directions régionales des affaires culturelles et les services départementaux de l’Architecture et du Patrimoine. Les architectes des bâtiments de France, qui sont la force vive de ce service et que nous connaissons bien depuis quarante ans que nous œuvrons avec la même ambition de protection et de sauvegarde du patrimoine, craignent de perdre dans cette réorganisation une part de leur compétence, de leurs prérogatives, de leur responsabilité et de leur liberté d’agir, si nécessaire à leur indépendance de jugement. Le débat s’annonce intense entre leurs syndicats et leur ministre de tutelle. Derrière ce débat de structure, c’est bien évidemment toute la question du rôle et de la responsabilité de la prise en charge du patrimoine entre Etat et collectivités locales qui se poursuit.

Et l’actualité récente nous a démontré que, de toute façon, quels que soient le rôle et la compétence de chacune des parties, il importait toujours d’être vigilant.

Vieille Bourse

Monument majeur de notre ville d’Art et d’Histoire, la Vieille Bourse continue à fermer ses portes le matin et le lundi au grand regret des visiteurs. Nous le déplorions dans notre bulletin d’octobre 2005, mais le constat demeure. Alors, quelle solution ? Y installer des éléphants ? Bons baisers de Lille !