Les dossiers de mars 2007
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>La "Belle époque" de l'Esplanade |
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| Par Dominique Delbar, Myriam Choquel, Françoise Dujardin, Agnès Pascal, guides-conférencières. |
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| Dans
la perspective actuelle d’un réaménagement du parking et des abords de l’Esplanade,
un retour en arrière sur l’utilisation de ces lieux au cours des trois derniers
siècles nous invite à nous souvenir des différents aménagements du site
du Champ de Mars de la Citadelle depuis la construction de l’ouvrage de
Vauban.
A l’origine emplacement des manœuvres militaires, ce grand terrain nu (dont il ne faut pas oublier qu’il était idéalement orienté pour surveiller les habitants du quartier de la Barre) est coupé en deux, à partir de 1750, par le canal de la Moyenne Deûle. Ce percement d’une liaison entre la haute Deûle (quai du Wault) et la Basse Deûle (actuelle avenue du Peuple Belge) entraîne un partage des lieux entre l’Esplanade (côté ville) et le Champ de Mars (côté Citadelle) de part et d’autre du canal. Rapidement le côté « Façade de l’Esplanade » est aménagé d’immeubles d’habitation, école, pensionnat, et même établissements industriels au début XX° siècle. Citons la brasserie Masse-Meurisse, la miroiterie du Nord ... Cette activité est favorisée par la proximité du quai de Wault qui accueillera, jusqu’au milieu du XX° siècle, le déchargement des péniches. Mais, c’est sur le côté Champ de Mars, sur les rives du canal, que vont se développer les installations de loisirs donnant une ambiance festive au site. Certes, les militaires qui sont à l’origine de l’appellation des lieux, continuent à utiliser le Champs de Mars au XVIII° pour des manœuvres très admirées du public comme le seront également plus tard les démonstrations des pompiers et de leur matériel, des policiers et de leur brigade canine ... Mais l’apparition de structures destinées au public apportera au lieu une tout autre ambiance. L’Esplanade attire en effet, les lillois, toutes classes confondues, qui aiment se promener, se distraire, s’arrêter dans une guinguette au bord de l’eau, comme le Ramponneau pour danser, écouter de la musique ou boire et manger à la Brasserie Ma campagne installée sur une partie du terrain militaire du Champ de Mars, au débouché du ¨Pont Napoléon . Cette dernière servit souvent de buvette au bataillon des canonniers sédentaires au cours de leurs manœuvres . Dans les années 1960, des banquets y seront organisés, notamment celui de la préparation militaire. Devenue trop vétuste, elle fermera dans les années 1970. L’installation d’un kiosque à musique, expression architecturale au XIX° siècle de la fête populaire, face au pont Napoléon, permettra à un auditoire varié et mélomane d’apprécier la musique jouée le dimanche ou les jours de fête par différentes fanfares, y compris, et surtout, celle des militaires. Il disparaîtra dans les années 1960. On ne peut écrire sur cet aspect loisirs et fêtes du lieu sans mentionner l’actuelle foire aux manèges qui a succédé en 1835 à une foire installée depuis 1759 sur la Grand’ Place et qui déménagea après un incendie. L’emplacement du Champ de Mars devint définitif à partir de 1885 après un exil de presque vingt ans Place de la République. Au début du XX° siècle, la foire aux manèges a été doublée d’un grand marché. Peut-être cet esprit commercial se retrouve-t-il dans les installations de plus en plus nombreuses, ces dernières années, des « bradeux » au bord du canal, le premier week-end de septembre ! Cette atmosphère de fête est complétée par d’autres activités de loisirs plus sportives. Dès 1752, le manège militaire pour les chevaux est doublé d’un manège civil. Des professeurs d’équitation y dispensent des cours aux plus fortunés. Ce manège dispose de deux pistes : une pour les débutants à l’intérieur du bâtiment, une autre à l’extérieur pour les initiés, hommes et femmes (qui montaient en amazone avec leur longue jupe et tenue d’équitation). Ainsi pouvaient-ils (elles) montrer leur belle et fière allure au public en trottant autour du monument Négrier (œuvre du sculpteur Théophile Bra) qui se trouvait devant l’entrée du manège. Cette statue s’élevait à l’origine au rond point de l’Esplanade et fut inaugurée fin octobre 1849. Elle fut transférée à l’extrémité de l’Esplanade en 1866 et survivra jusqu’à la seconde guerre mondiale. Quant au manège civil, sa façade sera détruite en 1910. Le Champ de Mars lui-même verra l’organisation de concours hippiques qui connaissent un véritable engouement de la population lilloise, attirant les « élégantes » de la Belle Epoque. La vocation équestre des lieux trouvera son apogée par la construction d’un champ de courses au nord de l’Esplanade, ancêtre de l’hippodrome de Lambersart. Autre exemple : l’expérience des aérostiers de J.P Blanchard fin XVIII° (tableau de Watteau) - ancêtre des montgolfiades dont témoignent des photos du début du siècle dernier et qui sont encore présentes de nos jours. D’autres activités festives mais néanmoins sportives, organisées principalement lors de fêtes dans la ville, attirent un important public qui voit se mesurer les concurrents dans différentes épreuves demandant adresse et précision : Tir à la perche ou à l’oiseau, jeu de la bague, joutes sur la Deûle.... L’ambiance « intervilles » est facile à imaginer !
Les lieux offrent aussi un espace idéal pour les manifestations politiques ou de protocole lors d’inauguration : François Mitterrand y tint son dernier meeting avant sa réélection en 1988. En 1790 est organisée sur le Champ de Mars la fête de la Fédération. Le 6 juin, « jour de la fête de Lille et de la procession de Notre-Dame de la Treille, le Champ de Mars, décoré par les architectes Biarez et Verly, est le théâtre du serment de la fédération des trois départements Nord, Pas-de-Calais et Somme. Chaque ville a délégué un député pour cent volontaires. Les curés de toutes les paroisses portent le Saint-Sacrement et la cérémonie commence par la bénédiction d’un drapeau orné des armes de toutes les villes confédérées. Les députés, groupés devant l’autel de la patrie, prononcent le mot sacramentel : « je le jure ». Aussitôt, la décharge de tous les canons se fait entendre, une hymne est entonnée, un prêtre élève le Saint-Sacrement, tous les témoins s’agenouillent, dix mille soldats présentent les armes ... »(Histoire de Lille - Van Hende). Autre exemple : la fête populaire organisée à l’occasion de l’inauguration de la ligne du chemin de fer de Paris à Lille du 14 au 16 juin 1846. « Outre diverses manifestations, une foule considérable se rend au Champ de Mars accompagnant la musique militaire et la garde nationale pour assister aux jeux organisés par les sociétés locales. Le soir du 14 juin, sur une estrade installée au centre de l’Esplanade, Hector Berlioz dirige l’exécution de la Symphonie triomphale et funèbre composée en 1840 pour l’inauguration de la colonne de Juillet, place de la Bastille à Paris. Lors du bal donné à l’Hôtel de Ville, la cantate du Chant des chemins de fer ( musique de Berlioz, paroles de Janin) sera exécutée par Massol de l’Opéra ». (Histoire de Lille - Trénard). Voici donc l’Esplanade et le Champ de Mars - les termes se confondent de nos jours - attirant des générations de lillois heureux de se retrouver en famille autour d’une piste de cirque, heureux de se distraire durant la foire aux manèges, heureux de s’émerveiller devant le bouquet final d’un feu d’artifices . Cette mémoire de la convivialité présente sur ce site depuis plus de deux siècles, doit rester dans les esprits des futurs aménageurs. Il suffit pour s’en convaincre de se promener aux alentours de la Citadelle le dimanche par beau temps pour voir tous ces lillois gourmands, au sens propre comme au figuré, des différents plaisirs qu’offrent les lieux D'autres
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