Les dossiers de Octobre 2007

>106 RUE PRINCESSE


Par Didier JOSEPH-FRANCOIS, Président de la R. L. A.

Une belle maison du quartier neuf de Louis XIV, édifiée avant 1745, sauvée de la démolition. Utilisée depuis le XIX° siècle par la congrégation des Franciscaines, puis par la paroisse de St André et les équipes de St Vincent jusqu’en 1990., elle était depuis cette date murée et soumise à tous les aléas du temps.

 

avant
apres

 

Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) est formel. Cette maison, et sa voisine, doivent être démolies pour mettre en valeur le chevet de l’église Saint André. Ainsi, le CHR de Lille, propriétaire du bâtiment, s’apprêtait à la céder à la Ville pour un euro symbolique, à fin de démolition et de travaux d’aménagement d’un espace public. Un parvis sur un chevet, en quelque sorte. L’idée était scabreuse, et entièrement contraire à l’esprit de la Ville et du plan du quartier neuf de Louis XIV. Depuis ses origines, le Magistrat de Lille ne permettait pas aux églises de prendre pied sur les voies principales de la cité. Regardez les plans anciens de St Etienne, St Maurice, Ste Catherine et de St Sauveur ; toutes nos églises paroissiales sont édifiées en retrait et entourées d’une gangue de maisons. Il faut attendre le règne de Louis XIV pour que les églises prennent pied sur les larges rues du quartier neuf et dans la perspective d’un tracé, comme St Marie Madeleine. Mais toutes restent confinées à l’intérieur de l’îlot. L’alignement des façades de maisons reste l’élément primordial et nécessaire à la confection du paysage des rues.

Ainsi, le conseil de quartier du Vieux-Lille, saisi de cette vente, émit un avis défavorable à sa réalisation ; il arriva alors quelque chose d’inhabituel, et qui mérite d’être raconté. Le conseil municipal fit marche arrière, renonça à l’acquisition pour un euro symbolique et, quelques mois plus tard, début 2004, le CHR mettait le bâtiment en vente aux enchères.

Cette péripétie montre à l’évidence la désuétude et les approximations du PSMV, son incertaine valeur culturelle et scientifique. En clair, sa dangerosité pour bien reconnaître les qualités architecturales, urbaines et paysagères du Lille Ancien. C’est par pur hasard que M. Bruno Gras en fit l’acquisition. Des amis lui avait fait part de la visite légale du bâtiment, avant enchères, la veille au soir au cours d’un dîner. Il se rendit le lendemain sur place, eut un coup de cœur, et se décida en cinq minutes à courir, et à couvrir les enchères. Puis vint le temps des travaux, rapidement menés, avec les conseils avisés de l’Architecte des Bâtiments de France. Il s’agissait de retrouver, derrière les parties dénaturées, les profils des cordons et les dimensions d’origine des baies, de préserver les éléments de parquet et de lambris encore en place, de dessiner un profil des menuiseries à boudins compatible avec le double vitrage. Le seul point sur lequel le propriétaire insista fut de conserver la couleur des briques et des pierres, et de leur opposer une teinte noire mate pour les menuiserie, gamme chromatique très courante dans les rénovations de maisons de Hollande et de Zelande.

Les travaux ont redonné à la façade son bel aspect début XVIII°, conforme au gabarit voulu par Vauban et Simon Vollant, pour remplir les rues du quartier neuf, quartier qui apparut en 1719 a un prêtre du diocèse de Montpellier, Victor Adrielle, comme « une des plus belles villes du royaume, qui deviendra même tous les jours plus régulière et mieux bâtie, par l’attention qu’on a apportée à bâtir toutes les maisons au cordeau, et sur un dessin uniforme ». Depuis deux ans qu’il y habite, M. Gras assure : «  chaque matin et chaque soir, on est content de la regarder » .

 

 

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