Les dossiers de octobre 2007

>88 rue de Gand


Par Didier Joseph-François, président de la RLA
Jusqu’en 2004, c’était une parcelle vide derrière une palissade sur la place de la Porte de Gand, une friche en ville que l’on ne regardait plus mais qui laissait au promeneur le sentiment d’un inachèvement ou d’un abandon, impression toujours fâcheuse dans une ville qui veut se montrer prospère.

 

IUne maison devait y être construite, comme une réplique de la maison d’angle du rang. Ce projet aurait été une erreur manifeste d’appréciation de l’histoire de l’architecture civile lilloise.

« La maison du garde » se devait d’être distincte des autres maisons du rang ; elle présente, en effet des hauteurs d’étage très inhabituelles et un comble à quatre pentes élevées, afin de bloquer la série des maisons et d’amorcer le paysage urbain vers le grand volume de la Porte de Gand. Sous l’impulsion de l’Architecte des Bâtiments de France, qui souhaitait plutôt un (bon) projet contemporain qu’un (mauvais) pastiche, l’architecte Patrick Vanderdoodt proposa aux propriétaires une façade en pierre blanche sculptée par les ébrasements de fenêtres du deuxième étage et le relief de quelques cordons formant goutte d’eau, dans laquelle est enchassée au bel étage une grande baie dans un cadre métallique découpé en trois vantaux dont les larges profils en U, prenant l’ombre et la lumière, rythment les divisions. Le soubassement est traité en pavé de béton strié pour rappeler la tonalité des gresseries anciennes, et la toiture est devenu un quatrième niveau en léger retrait, entièrement traité en zinc.

Côté jardin, 1m50 au-dessus du niveau de la rue, le bel étage de la maison se poursuit par une terrasse qui ouvre de plein pied sur un jardin de ville avec l’ouverture traditionnelle des pièces principales du logis sur l’intimité d’un dehors.

C’est ce travail sur la volumétrie, le relief et les matériaux de la façade, pensé en référence aux architectures voisines, qui permet à cette maison neuve de se fondre dans le paysage de la Place de la Porte de Gand. « Les gabarits de la rue et la hiérarchie des volumes sont respectés. La façade comporte à la fois une verticalité caractéristique de la région, et une dominante des vides par rapport aux pleins, typique des villes du Nord où l’on cherche la lumière » rappelait Pierre Cusenier, Architecte des Bâtiments de France, dans l’article qui fut consacré à ce projet dans le Moniteur des travaux Publics, le 25 août 2006.