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octobre 2008

Reconstruire les pignons disparus.

D’importants travaux de restauration sont entrepris pour les façades sur rue de ces deux maisons situées en face du porche d’entrée de l’Hospice Comtesse. Le piquetage des enduits, réalisé il y a quelques années, mit au jour les grandes arches de grès du rez-de-chaussée et les arcs de fenêtre à claveaux taillés en pointe de diamant caractéristiques de l’architecture lilloise de la première moitié du XVII°. L’architecte en charge de la restauration, Henry Wibaux, a décidé, avec le soutien de l’Architecte des Bâtiments de France de reconstruire les deux pignons disparus de ces maisons.

Les immeubles appartenaient vraisemblablement à un ensemble de quatre. L’existence d’un quatrième arc à gauche est attestée par une cuillère de bas de chanfrein sculptée dans la pile de grès. Le chaînage alterné de brique et pierre du premier tableau de droite au premier étage correspondrait au piédroit gauche d’une baie disparue. Les belles façades arrières sont de la même époque, l’une est parallèle à la rue de la Monnaie, l’autre dans l’alignement de la maison à pans de bois du XVI°. Les importants arcs de grès du rez-de-chaussée ouvrent intégralement ce niveau sur la rue. Deux de ces arcs sont soutenus par un poteau vertical de bois restitué récemment. Les appuis de fenêtres du premier étage ont été baissés, une des ouvertures divisée en deux modules plus petits. La hauteur de l’allège des lucarnes actuelles, anormalement hautes par rapport au niveau du plancher du deuxième étage, prouve que des pignons existaient, dans la continuation du faîte des toitures.

Ces pignons, communs à ce type de maisons, ont du être écrêtés peu après leur construction suite aux édits de la Ville imposant leur démolition pour des raisons de sécurité et d’écoulement des eaux de pluie. Les toitures coupées en croupe, perpendiculaire à la rue, témoignent de ces vicissitudes des lois de la Ville en matière de construction. Cependant, les témoins permettent de reconstituer l’ensemble en pierre des larmiers, cordons et appuis des baies. Les profils de ces moulures seront repris des modèles existants. Les fenêtres retrouveront leur proportions d’origine. Un tas de grès sera monté sous le niveau des cuillères des deux piles de gauche. Ce niveau, assez bas, indiquerait un rehaussement progressif du pavement de la rue de la Monnaie.

Le dessin des pignons était donné par les volumes des charpentes. Henry Wibaux a choisi de leur donner un profil simple à deux pentes avec épis de briques, et de les percer de deux petites fenêtres reprises du modèle ordinaire. La nouvelle maçonnerie sera montée en brique pour les parties anciennes et il a été suggéré d’y insérer un cartouche portant la date de la restauration. Les maisons étant aujourd’hui isolées, l’alignement classique de la rue ne serait pas rompu par l’élan vertical des pignons.

Alors que l’on dégagera les poutres de linsoir cachées sous le ciment du rez-de-chaussée, les poutres modernes, posées trop bas mais soutenant tout l’édifice, seront cachées par une vitre opaque.

Une ossature en charpenterie avec imposte à vitrages sertis de plomb et ouvrants à guillotine sera posée à chaque fenêtre. Les vitrines du rez-de-chaussée resteront malheureusement pour l’instant en l’état. Enfin un badigeon de chaux ocre clair protégera l’ensemble et les gresseries seront noircies .

La reconstitution de pignons disparus comme nous l’avions relevé pour les immeubles place Louise de Bettignies, pose cependant question. Il faut se féliciter de l’attention qui préside à la qualité de la restauration de ces façades ; ces maisons retrouveront une cohérence et la rue de la Monnaie y gagnera en allure.

Cependant, cette démarche de restauration affirme un état ancien qui fut éphémère : elle efface une autre histoire de la ville. Il faudrait prendre garde de ne pas la généraliser. HM

 

 

 

 

Pourquoi peut-il être inconvenant de vouloir restaurer les anciens pignons ?

Depuis le XIIIe siècle, l'échevinage de Lille édicte des lois sur les formes et les conditions de la construction dans l'enceinte de la cité. La maison en maçonnerie, succédant au XVI° siècle à la maison en bois a pignon sur rue, usuellement dénommée maison "à triangle", va transformer radicalement l'art de construire en ville et la physionomie des rues. Le 14 février 1566, une ordonnance de la ville stipule : «Doresenavant tous ceulx ou celles qui vouldront faire faire et édiffier aulcunes maisons en ceste dicte ville seront tenus faire faire les devantures (façades) que les costés et le derrière de leurs dites maisons, de pierres ou briques, de faire les murs aux costés d'icelles maisons moicturiers (mitoyens), et les eslever plus hault que les dits ediffices de 3 à 4 piedz et le noquier (nochère ou chéneau) chacun à part sur son héritage et non aultrement. » (cité par Paul Parent, l’Architecture Civile à Lille au XVIIe siècle, Emile Raoust, Lille 1925, p. 58 - 59.)

Fondamentalement, cette simple ordonnance, de caractère technique, prélude à une profonde transformation du décor des rues de la ville qui se poursuivra de manière ininterrompue pendant plus de trois siècles. La pierre et la brique comme matériaux de structure de la construction, l’obligation d'une toiture à deux versants contenue entre l'élévation des murs mitoyens et la présence affirmée du chéneau en façade seront les trois traits fondamentaux qui gouverneront les conditions d'évolution de la composition des façades de l'architecture civile lilloise.

L’obligation d’émergence du mur mitoyen (moicturiers) en toiture, afin d’éviter toute propagation d’incendie par les combles, conduit à l’inversion du sens de la toiture, donc l’abandon de la figure emblématique du pignon sur rue. L’économie des matériaux y trouve son compte. L’essartage continu des forêts au profit des terres agricoles a rendu cher le bois de charpente, alors que les progrès de fabrication des briques ont permis de diminuer leur coût de production. Il devient donc plus économique d’adopter une toiture à faîtage parallèle à la rue, portée par cinq pannes jetées d’un mur mitoyen à l’autre. L’émergence réglementaire permet aux échevins de vérifier de visu depuis la rue l’existence réelle du mur mitoyen entre les combles ; cela formera la figure du wimbergue, caractère permanent de la physionomie des toitures. A partir de ce moment, l’histoire de l’architecture civile lilloise se distingue des évolutions des autres villes marchandes des Flandres qui gardent leurs maisons à pignon sur rue, comme Amsterdam, Bruges, Gand, Anvers,..., où les évolutions des formes et du décor des pignons exprimeront les transformations du goût bourgeois pour l’ornement.

Une autre volonté de l’ordonnance est de réaliser les descentes d’eau de chaque maison chacun à part sur son héritage, afin de collecter et garder ses eaux avant de les évacuer sur la chaussée ou le canal. Cette distinction fonctionnelle va servir un trait de composition de façade : la proéminence du chêneau qui progressivement s’identifie à la corniche et à l’entablement qui couronnent la façade, selon les dispositifs réinventés par la Renaissance plus d’un siècle plus tôt. Cette figure d’architecture fut localement dénommée « annillure » dans les ordonnances de l’échevinage. Ainsi le chêneau débordant, souligné de frises et ponctué par des corbeaux ou consoles, manifeste clairement les limites de la figure architecturale de la façade. La toiture se retrouve évacuée de l’attention comme de la composition ; il faudra attendre la fin du XIXe siècle et l’ouverture de rues plus larges pour que les toitures reviennent jouer un rôle significatif dans le paysage urbain.

Bien évidemment, comme toutes les lois de l'échevinage, celle-ci fut plus ou moins observée par les bourgeois de la ville construisant ou reconstruisant leurs anciennes maisons de bois. L'attachement des bourgeois de Lille à la figure du pignon sur rue fut vraisemblablement très affirmé, comme le montre le petit dessin représentant une suite de façades à pignons romans et de pignons à volutes de la place du Lion d'Or (A.D.N. 130H32, cité par J-D. Clabaut, Les caves médiévales de Lille, p.103). Pourtant, le principe d'abandon du pignon fut constamment réaffirmé par le Magistrat, notamment pour des raisons de sécurité lorsque les pignons trop lourds de maçonnerie, perchés sur des façades largement évidées, venaient à s'effondrer dans la rue et sur les passants, mais également après 1668 pour des raisons de modernité française. L’esthétique de la rue fut assurément un enjeu idéologique : abandonner la figure ancestrale du pignon sur rue au profit d’une toiture établie à 2 pentes avec « wembergues et annillures » fut dès la fin du XVII° siècle la manière lilloise de marquer, par le spectacle des façades dans la rue, son rattachement au Royaume de France. Lorsqu’on s’attarde aujourd'hui à regarder la physionomie des toitures dans le Vieux-Lille, on rencontre souvent des formes de toitures à croupe, élevées au-dessus de façades du XVII° ou du XVIII° siècle. Il s'agit bien évidemment d'anciens pignons lillois et, pour partie d'entre eux, issus de la charpenterie des maisons de bois, qui furent progressivement rabotés pour convenir aux exigences conjuguées d’une esthétique et d’une réglementation.

Les restaurer aujourd'hui comme hier relève d'une amnésie sur l'histoire de la réglementation urbaine et architecturale lilloise et d’une absence d’intelligence sur le sens à donner aux lois qui présidèrent ici aux évolutions de l'art de bâtir. C’est sans doute sympathique, mais assurément à contre-sens des singularités de notre histoire. DJF

 

mars 2008

Les nouvelles terrasses des toitures du Vieux-Lille

Depuis quelques années, les toitures des maisons du Vieux-Lille côtoient de nouveaux espaces de vie à hauteur des cheminées et au contact avec les petits oiseaux.

Certaines terrasses sont déjà anciennes, d’autres fleurissent depuis peu et le rythme semble s’accélérer à tel point qu’il nous semble important de poser la question des limites de leur implantation. Il ne doit rien y avoir de plus charmant que de profiter du soleil sur les toits de la ville, hors d’atteinte du brouhaha de la rue, mais s’il y en a de très discrètes, d’autres posent question, notamment en vis-à-vis direct avec un monument historique. Sur des projets très récents c’est l’ensemble de la toiture de la maison qui disparaît pour laisser place à une vaste terrasse où seules les pannes du brisis de l’ancienne toiture d’une maison du XIX° siècle sont conservées pour donner une image du volume d’origine.

Jusqu’où tolérer cette mode? car il semble bien que ce phénomène en soit une, tant les projets sont nombreux. La notion de visibilité doit être évidemment prise en compte, mais quelles limites lui donner? Ne faut-il accepter que les projets totalement invisibles de la rue, ou ceux qui ne dépassent pas une certaine surface, ou encore. . . Certaines réalisations ne choquent pas, d’autres si, laissant planer l’ombre d’un arbitraire à leur autorisation.

Ce critère est par trop subjectif et nous estimons qu’il y a là un nouveau cas d’espèce qui mérite que l’on se penche sur son devenir.

 

L’affichage des permis de construire

Voilà un sujet qui tient à cœur notre groupe de « veilleurs du patrimoine » car, à chacune de nos sorties dans les rues du Vieux-Lille, nous observons des travaux de tous ordres pour lesquels aucun affichage officiel n’est visible.

Pourtant, légalement, les permis de construire et les demandes de travaux doivent obligatoirement être visibles depuis la rue. Or, si les affichettes autorisant l’empiètement sur le domaine public des échafaudages ou des bennes à gravats sont systématiquement apposées, les permis ne le sont jamais, à quelques rares exceptions. En l’absence de ces documents officiels, comment faire pour déterminer les travaux qui ont fait l’objet d’une demande accordée et ceux qui ont « oublié » cette démarche ?

A chaque fois que nous avons rencontré des travaux sans permis affiché, c’est à dire trop régulièrement, nous avons contacté les services de l’urbanisme afin de nous assurer qu’il ne s’agissait que d’une omission du propriétaire et que les autorisations étaient bien accordées. Or, bien souvent, trop souvent, il n’y a pas de demande et c’est donc dans la plus grande illégalité que des maisons sont parfois fortement remaniées, sans avis de la mairie ou de l’Architecte des bâtiments de France. Cet état de fait est inquiétant, particulièrement dans le secteur sauvegardé qui est sensé bénéficier d’une protection accrue et d’une vigilance soutenue de la part des services concernés.

Nous avons voulu vérifier si c’était une pratique habituelle à Lille et sommes allés dans chacun des quartiers. Quelle n’a pas été notre surprise de constater que tout se fait dans les règles à Wazemmes, Moulins ou Lille-sud. Il s’agit donc d’un mal particulier au Vieux-Lille, et plus spécifiquement dans le secteur sauvegardé. Nous avons donc interrogé les services de la ville sur cette particularité regrettable. Confirmation nous a été donnée du caractère obligatoire des affichages, mais le personnel municipal n’est pas en nombre suffisant pour aller vérifier sur place le respect des dispositions légales.

Afin d’avancer dans ce dossier, nous avons voulu rencontrer l’Architecte des bâtiments de France en charge du secteur sauvegardé. Malheureusement, si le premier rendez-vous pris a dû être reporté pour des raisons de calendrier, nous avons vainement attendu pour le second qui avait été programmé début janvier. Nous avons été oubliés et depuis, aucune date n’a encore été trouvée.

Loin de nous l’idée d’accabler tel ou tel service, mais force est de constater que les moyens ne sont pas à la hauteur du travail et que le suivi sur le terrain des dossiers instruits ne peut être effectué de manière systématique. Ainsi, des travaux continuent à être exécutés sans aucune autorisation, ce qui incite les voisins à faire de même, puisque les contrevenants ne sont que rarement inquiétés. Certes, la ville de Lille est une de celles qui délivrent le plus de procès verbaux en matière de travaux sur les maisons, mais cela ne change en rien les habitudes des propriétaires qui continuent à se soustraire à leurs obligations légales. Si de nombreux P.V. sont distribués, c’est surtout parce qu’il y a de nombreux contrevenants, ce qui révèle l’ampleur de ce sport local que sont les travaux sans permis. Une anecdote pour étayer ce triste constat. Cela se passait il y a peu, dans une des rues les plus emblématiques du Vieux Lille. Un commerçant expliquait à l’un d’entre nous, sans savoir qu’il était membre de l’association, qu’il venait de faire poser une porte entièrement vitrée dont le projet lui avait été refusé. « Je l’ai mise quand même parce qu’il faut bien que les clients voient l’intérieur de mon magasin. J’ai bien le droit de faire ce que je veux, je suis chez moi. Et puis, de toute façon, d’ici à ce qu’on vienne m’embêter pour ça, de l’eau aura coulé sous les ponts. »
Et d’ajouter, un rien finaud : « L’essentiel, c’est que ceux de l’association Renaissance du Lille Ancien ne soient pas au courant. Au fait, vous avez vu la couleur qu’ils ont mis là-bas? Un vrai scandale. »

L’éternelle parabole de la paille et de la poutre. . .

 

 

octobre 2007

16 rue Basse : une rare façade renaissance

C’est une découverte bien extraordinaire que cette façade. Découverte à laquelle on pouvait s’attendre, puisque l’édifice était repéré au Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur dans la catégorie des bâtiments « à conserver et à restaurer ». Les moulurations en ébrasement des baies,les témoins des anciens meneaux constituaient déjà les signes visibles d’une architecture de qualité. Mais laquelle exactement ? Il fallut attendre le piquetage du léger enduit plâtrant pour découvrir le rythme harmonieux de quatre travées, rehaussées par des sculptures de coquille St Jacques au tympan des baies, le relief, vraisemblablement une tête de lion au-dessus de l’entrée et des médaillons sculptés dans les écoinçons des arcades, hélas aujourd’hui trop martelés pour en reconnaître le motif d’ornement.

Ces sculptures permettent d’avancer quelques hypothèses sur l’origine de ce bâtiment. La première est liée à l’histoire de l’ordre des Dominicains, fondé en 1215 à Toulouse pour prêcher et convertir les hérétiques, et premièrement dénommé en France les dominicains de St Jacques, en référence au couvent parisien fondé en 1218 dépendant d’un couvent établi au nord de Gênes portant précisément le nom de St Jacques. A Paris, la rue dans laquelle ils s’installèrent au XIII° siècle avant de s’établir rue St Honoré, a gardé jusqu’à aujourd’hui le nom de St Jacques. Il y a donc un lien symbolique entre ce décor et la congrégation lilloise, dont le chœur de l’église s’élevait juste à l’arrière de cette maison. Mais l’intérêt essentiel n’est pas dans la qualité intrinsèque du décor ; il est aussi dans la filiation de cette composition de façade avec l’un des motifs emblématiques de travée selon la Renaissance, « inventé » par Brunelleschi à Florence à partir de 1419 pour l’Hôpital des Innocents.

Le rôle des médaillons, au départ vierges de sculptures puis dotés en 1487 de terres cuites vernissées par Andrea Della Robbia, est simple ; outre leur fonction de représentation de l’usage du bâtiment—à Florence des bambins emmaillotés dans leurs langes—ils assurent la continuité du rythme de la façade en liant le mouvement des arcs en plein-cintre avec le cordon-larmier horizontal.

Ce modèle se retrouve au XVI° dans de nombreux édifices en France et aux Pays-Bas. Philibert de l’Orme utilise ce thème pour les loggias du château de Madrid, édifié par François 1er vers 1530 dans la forêt de Boulogne, près de Paris.

Le prince Henri III de Nassau introduit ce thème en 1536 dans l’extension du château de Breda, berceau de la famille d’Orange-Nassau et premier édifice réputé comme exemple du style Renaissance au Pays-Bas.

Mais notre maison de Lille n’a pas toutes ces qualités aristocratiques. C’est tout au plus une maison d’accompagnement (ou une maison de louage ?) de l’ancien couvent des Dominicains. Elle est l’œuvre de maîtres maçons qui reproduisent les modèles au goût du jour, sans trop de rigueur sur la règle, le tracé et les proportions. Ils suivent un modèle qui leur est apporté par le bénéfice de l’imprimerie. Ainsi, les cordons de pierre ne sont pas tous jointifs ; l’un des médaillons flotte dans le parement de brique. Les fenêtres restent d’esprit gothique, à meneaux en pierre creusée, en cavets pour faciliter l’entrée de la lumière. Et c’est bien finalement cette approximation des formes et cette conjugaison des références qui fondent le caractère remarquable de l’architecture civile lilloise.

Enfin, il est assez savoureux de trouver un maillon significatif de cette histoire locale de l’architecture, et de montrer que les références des maîtres d’œuvre du XVII° viennent d’Italie, comme ailleurs en Europe, et de contribuer à tordre le cou à toutes les « légendes espagnoles ». Il ne faut pas confondre pour le XVI°, et la première partie du XVII°, suzeraineté sur un territoire et mouvement des arts et des idées.

Que deviendra cet immeuble emblématique ? Devant l’intérêt de cette découverte, le propriétaire, une griffe reconnue de vêtements pour homme, a accepté de différer l’ouverture, d’entreprendre les relevés nécessaires et d’effectuer des travaux complémentaires permettant une réhabilitation partielle des fenêtres à meneaux et des sculptures. Tout cela se négocie pied à pied, entre intérêt patrimonial et faire-valoir de la façade comme enseigne et vitrine contemporaine. Heureusement que dans ce cas et cette situation, l’intérêt du patrimoine puisse s’accorder à celui du commerçant.

C’est donc un chantier à suivre, et une adresse à ne plus manquer dans une visite de Lille !

 

Ca bouge pour la gare de marchandises St Sauveur

La Ville de Lille vient de lancer un appel d’offre pour la « mise en valeur temporaire de la gare St Sauveur en espace culturel pour la tenue de Lille 3000 »

C’est une bonne nouvelle pour le bâtiments de la gare, notamment les bâtiments des bureaux «de la petite vitesse », des douanes et les entrepôts datant de la première révolution ferroviaire, construits en briques, fonte et charpentes métalliques. Ce « détournement » des bâtiments ferroviaire est fixé à quatre années. On peut espérer que le devenir du site, à l’issue de cette période de transition, apparaîtra plus favorable à la compréhension, à la promotion et à la protection du patrimoine et que l’on saura alors éviter des projets de promotion immobilière dont l’image la plus rocambolesque restera l’épisode de projet d’installation d’un grand stade, entouré d’îlots denses d’immeubles de rapports, amené sur la scène publique par Marc-Philippe Daubresse, Vice-Président de la Communauté Urbaine, alors en mal de reconnaissance médiatique lors des péripéties de notre feuilleton judiciaire, le jour même où nous obtenions reconnaissance de notre action devant la Cour d’Appel de Douai.

 

mars 2007

Démolition en sous-sol


Nous voilà à l’angle de la place Louise de Bettignies et de la rue des Bonnes Rappes, à l’endroit où s’ouvrait encore il y a peu une boulangerie ancestrale, dont la figure souriante sculptée au-dessus de la porte d’entrée est reproduite sur tous les livres qui parlent de la ville. De part et d’autre de cette porte, deux inscriptions sont gravées sous une gerbe de blé derrière laquelle s’entrecroisent les pelles du boulanger comme sur un blason. Elle rappelle que cette maison a été fondée en 1793.

Un permis de ravalement de façade a été octroyé pour un changement de destination et voilà qu’à notre grande surprise, la voûte de la cave a été purement et simplement enlevée.

Ces travaux n’étaient pas indiqués dans la demande de permis et, même si un procès verbal a été rapidement dressé par les services municipaux, les dégâts sont irrémédiables.

Que faire alors ? Obliger le propriétaire à refaire une voûte de cave en brique du XXI° siècle à la place de l’authentique qui datait du milieu du XVIII° ?

Ce n’est pas la première fois que ce type d’agression est perpétrée sur une maison du cœur historique de la ville (ancienne crêperie place Louise de Bettignies, magasin « Marrionnaud » grand place), et il faut prendre garde à ce que cela ne devienne pas une habitude, sinon les anciennes maisons qui font le charme si particulier du vieux-Lille ne seront plus que des carcasses vides où les voûtes et les planchers seront remplacés par des dalles de béton insipide, ne laissant voir sur la rue qu’un décor sans âme.priétaire du GranProjex Igénierie du 13. 04.  06)

Fenêtres : tradition ou pastiche

 


Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces trois fenêtres sont des créations contemporaines. Pourtant, à y bien regarder, il serait légitime de penser que celle du milieu est plus ancienne.

Elle présente en effet des meneaux à boudins réunis en leur centre par une petite pièce de bois carrée, et chaque panneau, imposte ou bien ouvrant, est divisé en deux parties par une baguette de bois. Leur remplissage reprend la technique traditionnelle où les petits carreaux sont sertis dans une coulée de plomb.Chaque panneau est ainsi composé d’un assemblage de douze éléments de verre indépendants. Il s’agit d’une fenêtre du 21, rue de la Monnaie. Elle fut restitué à notre regard par le travail inlassable de Pierre Andrieux.

Les deux autres qui l’encadrent, ci-dessus, présentent un tout autre aspect. Ce sont des menuiseries parfaitement régulières où l’empreinte de la machine est évidente. Les boiseries sont anguleuses avec de nombreuses moulurations qui dessinent autant de rectangles d’ombre. Elles confèrent à ces fenêtres une allure de poupée gigogne ou le carreau semble enchâssé à l’intérieur d’une menuiserie d’une extrême épaisseur.

Cependant, on pourrait se laisser abuser par l’emploi des petits carreaux sertis au plomb qui de loin, les font ressembler à des fenêtres authentiques. Il n’en est rien. La technique utilisée ici tient du trompe l’œil ; C’est une illusion d’authenticité.

En effet, les ouvrants et impostes sont des double-vitrages sur lesquels a été posé un quadrillage de plomb qui donne l’illusion d’une fenêtre authentique. Autrement dit, des fenêtres transformées par un peu de plomb en vraies-fausses huisseries du XVIIIe siècle. Ce coup de baguette magique n’est cependant pas suffisant pour tromper un regard averti.

Ces fenêtres se trouvent en secteur sauvegardé ; elles ont reçu l’aval des autorités. Dans notre bulletin d’octobre 1988, un dossier était consacré aux fenêtres. Aussi nous contenterons-nous, en guise de conclusion, de reprendre une idée forte qu’il semble nécessaire de rappeler : «La fenêtre est la première chose que l’on voit dans une façade. Si elle est ratée, la maison n’aura jamais belle allure . . . Une façade bien restaurée, mais avec de mauvaises menuiseries ne sera jamais qu’un laborieux compromis. »

 

octobre 2006

Constat d’outrage à Lille


I

Il existe plus d’une façon de venir au chevet du patrimoine bâti : parmi les plus violentes, citons la ruine programmée, et l’amputation telle que pratiquée naguère, par exemple à l’Hôpital Général de l’avenue du Peuple Belge.

Mais aujourd’hui, la mode non moins violente, semble être le lifting avec force botox tel que pratiqué en silence au Grand Magasin de la rue Royale, dénommé aussi Magasin général, Magasins généraux et à l’origine Magasin à blé des châtellenies.

Il n’existe qu’un seul alibi pour justifier ces remèdes de cheval « c’était çà ou la ruine » entend-on. On ne peut évidemment pas sous estimer les difficultés que génèrent la préservation, l’entretien et l’adaptation à un nouvel usage de ces bâtiments emblématiques d’une Ville et de son Histoire : bâtiments représentatifs, en l’occurrence, d’une société civile et d’un pouvoir provincial soucieux du bien public, la faim et la maladie, aussi importuns que l’étaient les casernements et les fortifications défensives d’un Vauban pour une société « militaire » et un pouvoir central soucieux d’assurer la sécurité aux frontières de son territoire. Notons que nous devons à la grande sagesse du pouvoir local de l’époque, la création de ce grenier à blé de la Flandre Wallonne entre 1728 et 1733 pour y stocker les céréales, autant pour faire face à d’éventuelles disettes que pour éviter les spéculations qu’elles pouvaient générer. Mais alors, on peut s’étonner de ce penchant des élus à invoquer régulièrement le terreau culturel et patrimonial régional comme assise d’un avenir de progrès, et, en parfaite contradiction, à laisser pourrir les situations et les choses pour finalement, abandonner le bien commun au secteur privé.

A propos de cet exemple récent, la Ville de Lille, consentante, accepte en 1985 de devenir propriétaire du Grand Magasin dans le cadre de la procédure dite d’échanges compensés Ville/Armée. De fait elle devient responsable et garante d’un patrimoine commun, et soumise aux obligations légales et morales du propriétaire. Puis, manque de moyens ou de volonté, vingt années s’écoulent sans que son propriétaire lui trouve un nouvel usage malgré de nombreuses tentatives infructueuses en raison même des difficultés de sa structure interne constituée d’une extraordinaire charpente de bois sur neuf niveaux, changement d’affectation d’autant plus délicat qu’il doit répondre aux obligations inhérentes à l’inscription du bâtiment à l’inventaire des Monuments Historiques (10 février 1948). C’est ainsi que le Ministère de l’Education Nationale renoncera à y installer son Centre Régional de Documentation Pédagogique.

Curieusement, pendant ces vingt années (1985-2005) d’une période faste en dépenses d’équipements muséaux sur le territoire tant national que régional, nulle suggestion d’un nouvel usage de ce type pour ce bâtiment n’aboutit, par exemple l’installation des plans reliefs.

Lasse du poids de ce patrimoine pour lequel elle n’a aucun projet, la Ville décide la mise aux enchères publiques de ce bien immobilier, ce qui fut fait « à la chandelle ». Un promoteur privé, connu sur la place de Lille, en fit l’acquisition à un prix supérieur aux estimations les plus optimistes, devançant les tenanciers d’un projet de casino. Mais le projet de résidence hôtelière de luxe se perdit vite dans d’obscures combinaisons et complications administratives ; il s’acheva de manière retentissante après le constat de la disparition de 4000M2 de plancher en chêne, revendu à la sauvette, en infraction avec la législation sur le monument historique. En 2005, c’est de nouveau l’effervescence autour du vieux bâtiment : une nouvelle vente publique est ordonnée. Un promoteur privé, l’Immobilière Marignan l’acquiert pour une somme supérieure aux hypothèses avancées et porte le projet d’y réaliser 76 logements en accession à la propriété.

Mais est-ce la bonne solution à un problème jamais posé ? On peut en douter. Du strict point de vue de l’usager (à ne pas confondre avec celui du propriétaire).

- 2 ascenseurs pour 76 logements sur R+7, c’est bien peu.

- une bonne moitié des logements mono-orientés et pour beaucoup en plein nord.

- toutes les fenêtres de même gabarit quelle que soit la pièce concernée avec une hauteur d’allège d’au moins 1,20 mètre pour les 6 premiers niveaux.

- ni loggias, ni balcons, et pour cause.

On ne peut douter, par contre, du point de vue du dépositaire d’un héritage culturel et patrimonial, que nous sommes tous, que cette expression achevée, ici et jusqu’alors, de cette symbiose parfaite entre UTILITE, SOLIDITE et BEAUTE qu’énonçait déjà l’architecte romain Vitruve au 1er siècle avant Jésus-Christ ait été irrémédiablement perdue. Que reste-t-il aujourd’hui après que la promotion immobilière a fait son travail ? Quel gâchis sous ce maquillage vulgaire ! L’utilité nouvelle (autrement dit sa valeur d’usage actuel, le logement), non encore avérée, elle obère et ruine ce qui constituait la véritable originalité de ce bâtiment adapté hier à l’entreposage des subsistances civiles puis militaires, comme il l’aurait été aujourd’hui à la présentation des collections patrimoniales (industrielles ou artistiques) régionales, par exemple, réparties sur les 6 premiers niveaux de 1080 m2 chacun !

Alors, comment se fait-il que la puissance publique à quelque niveau que ce soit et pourtant éclairée par ses nombreux services compétents en la matière, n’ait pas saisi une opportunité si singulière à Lille et ait laissé commettre tacitement ce crime de lèse-patrimoine, de lèse-architecture. Mais aussi, comment et pourquoi l’équipe de maîtrise d’œuvre s’est-elle constituée comme suit : « Cabinet Wilmotte, architecte de l’opération, assisté du Cabinet Brunelle pour traiter de l’ensemble des points « Monuments historiques »  (Sic. Source Projex Igénierie du 13. 04.  06)

Ceci expliquerait-il cela ? Et quoiqu’il en soit, est-il convenable qu’un architecte en Chef des Monuments Historiques puisse-être juge et partie dans le dossier de cette opération ?

C. Dimey Citoyen et architecte.

Réorganisation des services du Ministère de la Culture


L’État affiche depuis de nombreuses années son désir de rassembler ses services extérieurs, dans le cadre de la montée en régime des lois de décentralisation.

Cette politique volontariste, qui soulève bien des controverses entre État et Collectivités territoriales sur les transferts de compétences et leur prise en charge financière, connaît une nouvelle actualité avec le projet de fusion entre les directions régionales des affaires culturelles et les services départementaux de l’Architecture et du Patrimoine. Les architectes des bâtiments de France, qui sont la force vive de ce service et que nous connaissons bien depuis quarante ans que nous œuvrons avec la même ambition de protection et de sauvegarde du patrimoine, craignent de perdre dans cette réorganisation une part de leur compétence, de leurs prérogatives, de leur responsabilité et de leur liberté d’agir, si nécessaire à leur indépendance de jugement. Le débat s’annonce intense entre leurs syndicats et leur ministre de tutelle. Derrière ce débat de structure, c’est bien évidemment toute la question du rôle et de la responsabilité de la prise en charge du patrimoine entre Etat et collectivités locales qui se poursuit.

Et l’actualité récente nous a démontré que, de toute façon, quels que soient le rôle et la compétence de chacune des parties, il importait toujours d’être vigilant.

Vieille Bourse

Monument majeur de notre ville d’Art et d’Histoire, la Vieille Bourse continue à fermer ses portes le matin et le lundi au grand regret des visiteurs. Nous le déplorions dans notre bulletin d’octobre 2005, mais le constat demeure. Alors, quelle solution ? Y installer des éléphants ? Bons baisers de Lille !

 

 

mars 2006

Le stade …. et après ?


Le Conseil d’État a tranché. Le stade actuel comme son agrandissement est incompatible avec la proximité du monument historique constitué par la Citadelle de Lille et les dehors de la fortification. Il faudra donc démanteler l’ouvrage sportif, pour restituer la pleine compréhension des qualités originelles des ouvrages fortifiés par Vauban.


Deux chantiers majeurs s’ouvrent aujourd’hui pour le développement de la métropole. La création d’un stade et la requalification de la Citadelle, promis à un futur classement au patrimoine mondial.
La Communauté Urbaine a décidé d’installer le stade entre Lezennes et Villeneuve d’Ascq, sur le site de la Borne de l’Espoir, site déjà repéré en 1996 lors des études pour Lille Olympique 2004. Ce qui différencie feu Grimonprez-Jooris II et le nouveau grand stade de Lille, c’est le changement radical du programme et du financement du projet sportif. Il ne s’agit plus de réaliser sur fond public un stade de 33000 places à usage exclusif d’une équipe de football professionnel à statut privé, mais de réaliser en partenariat public-privé une « aréna » de 50 000 places pour des spectacles en tous genres, y compris des matchs de football.

C’est un immense changement. Il est clairement énoncé, par la Communauté Urbaine et les dirigeants du LOSC que l’option Grimonprez-Jooris II était un financement en quasi pure perte, non rentable et d’une durée de vie limitée. L’exemple de Lyon le confirme. La communauté Urbaine a rénové le stade Gerland à l’occasion de la coupe du monde en 1998. L’Olympique Lyonnais décide, huit ans après, de quitter les lieux pour s’offrir sur ses fonds propres un équipement viable de 50 000 places, dont-il a besoin en pleine propriété pour engager la cotation en bourse de spectacles sportifs. Alors réjouissons-nous que Grimonprez-Jooris II ait été une erreur culturelle, défendue avec opiniâtreté par deux associations et reconnue par la Cour d’Appel de Douai puis le Conseil d’État. Nous avons ainsi évité à la Communauté Urbaine de folles dépenses pour un projet sans avenir économique à très court terme.

Il nous reste la Citadelle. La Communauté Urbaine a consenti un premier crédit de 8 millions d’euros au titre de l’aménagement des abords. Nous conserverons l’ambiguïté de la destination de cette enveloppe budgétaire : étaient-ce les abords du stade ou les abords de la Citadelle ? Bien évidemment les deux, puisqu’il s’agissait, à l’époque, de montrer une bonne volonté financière envers le monument historique afin d’enlever l’approbation du Ministre de la Culture. Les travaux de rénovation allaient de la restitution du relief des fossés à la reconstitution du Champ de Mars et de la passerelle Napoléon. Comme on se le disait dans les cours d’école élémentaire, là où nos instituteurs nous inculquaient les valeurs de la République et les règles de la vie en société : « Donner, c’est donner  ; reprendre c’est voler ». Il s’agissait de billes et de petits soldats qui n’étaient plus en plomb, et ce n’était que la morale de la cours d’école, mais à volonté universelle.

Il me semble que cela doit rester une morale pour notre cours d’école d’aujourd’hui, une communauté qui se doit d’être à la fois civile et urbaine, attentive à ses engagements et respectueuse de tous les intérêts des métropolitains.

D’autres considérations militent pour maintenir cet engagement. Tout d’abord, les plus récentes études économiques menées en France ont montré que les investissements patrimoniaux et culturels développés par les collectivités territoriales étaient les meilleurs vecteurs du développement. Ensuite, force est de constater que l’investissement global reste modique, à hauteur de 20 millions d’euros, c’est à dire pas plus que l’investissement consenti au St adium Nord pour couvrir une partie des tribunes des supporters pendant les quelques années de résidence du LOSC, et pas plus que le coût du parking souterrain avec aménagement paysager qui sera réalisé au pied des bureaux de la Communauté Urbaine…. …. (D.JF)

Citadelle, et après .....

« Je prétends vous faire tomber d’accord avant votre départ que ce sera ici la Reine des Citadelles, à la prendre de toutes les manières. » disait Vauban

Evidemment, les évolutions survenues dans le monde politique et sportif à la suite du jugement d’annulation du permis de construire de Grimonprez Jooris II le 7 juillet dernier nous questionnent. Leur relation hebdomadaire à travers la presse locale et de plus en plus souvent la presse nationale nous invite à mesurer nos réactions. Tout d’abord, réaffirmons haut et fort, à défaut d’être entendu, que notre action n’est pas celle de riverains, comme il est trop souvent rapporté par les médias nationaux mais celle d’une très ancienne association, parmi les plus vieilles de France, qui a pour ambition de sauvegarder le patrimoine lillois contre toutes les tentatives de destruction ou de distorsion. Le jugement de Douai n’est pas un jugement d’opportunité sur le stade mais bien la lecture par les juges des lois de la République sur la protection du patrimoine, lois installées depuis 1913 que chacun se doit de connaître et d’observer, surtout lorsque l’on accomplit une mission en délégation de l’autorité souveraine du Peuple. Car tel est le sens de la démocratie et de nos libertés depuis 1789, que les juges de Douai viennent opportunément de rappeler à nos élus, droit qui nous a d’ailleurs toujours été reconnu par Martine Aubry, mais parfois contesté par Pierre Mauroy.

Au moment où le réalisme devrait s’imposer (pour reprendre une formule énoncée par Pierre Mauroy le 4 octobre), comment considérer l’affirmation que « Grimonprez-Jooris  reste la meilleure solution » ? sauf à oublier qu’un jugement a interdit cette solution ! sauf à ne pas vouloir entendre une évolution notable de l’opinion publique doutant du bien-fondé de cette solution ! sauf à continuer de méconnaître la nature et la valeur du patrimoine lillois qui devraient être ici comme partout en France, le premier moteur de l’essor économique métropolitain !

Alors pourquoi continuer à faire semblant ? Pourquoi ces combats d’arrière-garde qui ne sont engagés, comme le recours en Conseil d’Etat, que pour masquer la mise en place de nouvelles stratégies ?

« Depuis trois ans, tout le monde le sait : en se braquant sur Grimonprez-Jooris, voisin de la forteresse de Vauban, on allait à l’échec. Il fallait construire un nouveau stade hors des murs de la ville. Martine Aubry n’a rien voulu entendre. C’était sa ville et sa décision. Cela s’est terminé par un carton rouge judiciaire en juillet dernier » (Michel Seydoux, dans le Nouvel Observateur). Remarquons en passant que si tout le monde et lui-même le savaient il y a trois ans, il n’y eut que deux associations pour aller le défendre, et le démontrer devant les tribunaux, ce qui ne fut pas une mince affaire. Et pourquoi Michel Seydoux, le 7 Juin 2003, s’est-il un jour rallié in-extrémis à cette solution qu’il critiquait la veille encore et qu’il réfute de nouveau aujourd’hui ?

Nous ne méconnaissons pas les intérêts politiques et économiques qui s’agitent et s’affairent autour de la solution Grimonprez-Jooris II et des solutions bis. Aujourd’hui, il y a lieu de se féliciter, mais également de s’interroger sur l’épaisseur d’une communication déployée par un grand nombre d’acteurs et continuer à demander la saisine du Conseil de Développement de Lille Métropole pour rechercher la meilleure réponse à une question simple devenue si épineuse. ban à Louvois en 1669.

Rue Royale : attaque au marteau-piqueurt .

Les concessionnaires de service public ont pris l’habitude d’énoncer un cahier des charges de contraintes pour le confort de leur réseaux. Qu’il s’agisse d’immeubles en ville ancienne ou de pavillons en grande périphérie, ils installent sans discernement leurs lignes et coffrets de branchement sur les bâtiments. Ainsi, les grès de soubassement de cette maison du XVIIIème de la rue Royale est attaquée au marteau-piqueur pour faire place au coffret normalisé « Gaz de France ». D’autres solutions plus respectueuses du patrimoine sont-elle envisageables ? Sous chaussée, par exemple comme le propose le service des eaux, aujourd’hui, ou bien en généralisant le télécomptage à distance. Ces évolutions semblent nécessaires pour une ville d’Art et d’Histoire, dont le règlement du secteur sauvegardé stipule : « les postes électriques et les boites de branchement en façades doivent être dissimulés.

 

 

Porte de Gand : un projet en marche Contour de la Treille : un projet en attente

Une première réunion d’information et de concertation s’est tenue dans le Vieux-Lille le 5 avril à l’initiative de l’adjoint délégué aux espaces verts, Eric Quiquet. Cette réunion de quartier, réunissant une trentaine d’habitants, a permis de présenter les premières esquisses d’aménagement pour ces deux sites majeurs de la cité. Le projet de remise en valeur des dehors fortifiés de la Porte de Gand, présenté par Etienne Poncelet, architecte, avec la participation de François-Xavier Mousquet, paysagiste, a été bien compris par l’assistance. Il rend lisible le relief originel de la défense de la place, tel que conçu par Vauban, s’applique à satisfaire les usages contemporains de promenade et de découverte du site et restitue le « fossé humide » dans les anciennes douves. Sans aucun doute, une étude plus fine du sens du passage des véhicules sous la Porte de Gand permettrait une meilleure lecture des lieux. De même, la recherche d’une continuité de promenade vers le Parc Matisse à travers la cité scolaire Pasteur permettra également, ultérieurement, le désenclavement du site, pour constituer un maillon remarquable de la promenade dite des remparts. Le projet d’aménagement du contour-sud de la Treille a été fortement critiqué par notre association, tant il semblait méconnaître tout ou partie de l’histoire du site. Un courrier a appuyé l’avis de la R. L. A. exprimé lors de cette réunion de concertation. Eric Quiquet, dans sa réponse nous a affirmé : « Vous aurez l’occasion de constater lors de la seconde réunion, le 8 juillet prochain, que le concepteur a pris en compte l’histoire de ce lieu singulier. Ce qui pourra être, à juste titre , considéré comme une projet, intégrera également les attentes et besoins exprimés le 5 avril dernier » Cette nouvelle réunion fut reportée une première fois, puis finalement annulée. Aucune autre date de concertation n’est aujourd’hui connue. Gageons que le temps qui passe est propice à la réflexion et que les nouveaux dessins du maître d’œuvre, Didier Hoyos, architecte-paysagiste, seront plus en sympathie avec l’histoire du site et soucieux de l’atmosphère du canal du Cirque. anchement

 

 

COMMUNIQUE DE PRESSE DU 28 DECEMBRE 2005


Le jugement du Conseil d'Etat vient mettre un terme définitif à deux longues années de procédures auprès des tribunaux administratifs, qui nous semblèrent très longues même si cela constitue presque un record de rapidité pour cette juridiction.

Ce jugement est destiné à faire jurisprudence. Il rappelle opportunément à tous les élus installés dans l'euphorie des lois de décentralisation leur responsabilité dans l'application de la loi de 1913 sur la protection des monuments historiques. Ce jugement permet également de faire connaître au ministre qu'il ne peut se départir de l'esprit de la loi contre quelques aménagements réalisés à titre compensatoire. Ce jugement montre enfin qu'il ne faut pas désespérer de la démocratie : des associations exerçant leurs droits peuvent faire reconnaître par la justice l'illégalité d'un acte commis par la Ville, en complicité avec la Communauté Urbaine et le Ministre de la Culture.

Les historiens, assurément, et les journalistes d'investigation peut-être, trouveront dans les péripéties de ce roman-feuilleton la matière à une réflexion sur l'exercice du pouvoir, son contrôle par la justice et les évolutions de la société métropolitaine.

En attendant cette restitution, grâce à la lumière apportée par l'ensemble de la procédure et ce jugement définitif, nous souhaitons aujourd'hui réaffirmer quelques vérités encore mal entendues :

- Ce jugement n'est pas un jugement d'opportunité ; c'est un jugement sur l'illégalité d'un permis de construire délivré par la Ville de Lille à la Ville de Lille.

- La Ville connaissait , dès l'origine, que ce permis constituait une atteinte pérenne au monument historique. L'Architecte des Bâtiments de France dans son avis du 23 mai 2000, concernant l'extension des tribunes nord avait clairement énoncé " Il n'en serait pas de même en cas d'une extension à d'autres parties du stade qui amènerait la surélévation à se rapprocher des fossés, escarpe, contre-escarpe : dans ce cas, l'atteinte au monument serait évidemment négative. Il convient donc de considérer l'actuelle extension comme le maximum extrême tolérable, et de na pas la généraliser ultérieurement à d'autres parties. Une extension indéfinie du stade en ce lieu porterait d'ailleurs d'autres atteintes au site, extension des parkings en particulier ".

- Le Ministre, malgré l'avis contraire de sa Commission Supérieure, a cru pouvoir échanger son avis conforme contre une promesse d'aménagement partiel des abords.

- La capacité de mobilisation de l'information opérée par la Ville est restée sans effet sur le fond de l'affaire. Un mauvais projet ne saurait donc devenir un bon projet par la seul grâce de la propagande déployée pour en convaincre l'opinion publique.

- Nous nous interrogeons sur l'extrême différence du jugement prononcé par le Tribunal Administratif de Lille, alors que nous lui avions présenté les griefs qui furent ensuite retenus par la Cour d'Appel de Douai et le Conseil d'Etat.

- Il fut consternant d'entendre l'avocat de la Ville plaider devant le Conseil d'Etat l'insignifiance du monument historique classé " Citadelle de Lille ", qualifier les fortifications avancées de " motte de terre informe ", nier contre toute évidence la co-visibilité et l'installation du stade dans le périmètre classé.

- Il est significatif de voir les institutions qui ont affiché depuis trois années qu'il n'y avait pas d'autres solutions, réaliser en un temps record la collecte de 9 sites potentiels et le choix définitif d'un seul.

Pour terminer notre propos sur une dimension positive pour l'action politique, nous espérons que ce jugement puisse être compris comme une double chance pour la métropole : l'opportunité de choisir un site convenable pour un stade de dimension et d'accès durable, capable de générer qualité urbaine et architecturale ; donner un coup d'envoi à la réhabilitation de la Citadelle de Lille et de ses abords, dans la perspective d'une reconnaissance au patrimoine mondial.

 

Ils l'ont dit

« Je prétends vous faire tomber d’accord avant votre départ que ce sera ici la Reine des Citadelles, à la prendre de toutes les manières. » disait Vauban à Louvois en 1669.

Par Jean Denis Clabaut, secrétaire général de la RLA.

A lire les revirements de position de Michel Seydoux, résumés ci-après, on peut imaginer que les discours qui lui ont été tenus en mairie devaient être au moins aussi persuasifs que ceux de Vauban, pour amener le responsable du LOSC d’une première attitude rejet du projet à une caution sans faille . . . aujourd’hui ébranlée. « Grimonprez-Jooris II sera là le meilleur des stades, à le prendre de toutes les manières » ?Laissons la parole à Michel Seydoux avant de s’avancer à quelques commentaires.

27 mai 2003 : Nord-Eclair :
« Ayons aujourd’hui le courage de dire que nous nous sommes trompés. L’an dernier, l’extension de Grimonprez-Jooris semblait être la bonne solution. L’évolution du football actuel est tellement rapide que ce projet est obsolète ».

31 mai 2003 :
Voix du Nord « Grimonprez-Jooris II tel qu’il est conçu ne pourra servir qu’au foot. C’est de l’argent public mal utilisé. Le site est bloqué. . . Si le stade vit vingt jours par an, ça n’est pas la peine de le construire. »

Changement radical de position : 7 juin 2003 :
Nord-Eclair : « Ayons d’abord un stade avant de se montrer plus ambitieux. S’il reste avec nous, je suis persuadé que Claude Puel aura un jour son grand stade ». L’extension du stade est « une solution intéressante ».

13 février 2005 :
Voix du Nord : « Il nous semble important de rappeler que la rénovation de Grimonprez-Jooris est la seule solution qui permette au LOSC de continuer à grandir. »

Nouveau changement de cap : 7 mars 2005 :
Le Monde : « Grimonprez-Jooris n’est plus utilisable par un club professionnel et Villeneuve d’Ascq n’est plus aux normes de la ligue 1. Aujourd’hui, notre priorité absolue, c’est d’avoir un grand stade dans le délai le plus court possible. Il est imprudent de ne pas préparer un plan B en attendant la décision de justice ».

11 mars 2005 :
Voix du Nord : « Je ne pense pas qu’on rejoue un jour à Grimonprez-Jooris I…. Il faut donc réfléchir à une autre solution, au cas où la réponse de la justice, qui ne devrait pas tomber avant juillet, était négative. Et le faire dès maintenant. » C’est effectivement une bonne suggestion. En plus d’un autre emplacement, il serait aussi nécessaire de penser à une autre dimension pour le stade. A tout bien penser, le projet proposé est trop restreint, tant dans sa capacité que dans son utilisation. En effet, il faut bien comprendre que si l’agrandissement est effectif, ce stade ne servira qu’aux matchs de football, à l’exclusion de toute autre activité. C’est un mauvais choix, qui prive la ville et la métropole de la capacité d’accueillir des grandes compétitions nationales et leurs retombées financières. En effet, même si le stade avait été agrandi à temps, il n’aurait pas pu accueillir, à l’inverse du stade Bollaert de Lens, de matchs à l’occasion de la coupe du monde de rugby en 2007. Trop petit. Même constat pour le projet des jeux olympiques de Paris 2012 : les sites évoqués pour recevoir des compétitions dans la région sont le stade de Lens, celui de Liévin et le Stadium-Nord de Villeneuve d’Ascq : Grimonprez-Jooris remanié n’est pas susceptible de participer aux Jeux.(VDN du 9 mars 2005). Michel Seydoux a raison : il faut rapidement penser à un autre projet d’envergure, intégrant immédiatement les agrandissements nécessaires dont parlait déjà Martine Aubry en septembre 2003 quand elle affirmait que « Grimonprez-Jooris II ne sera pas un obstacle à un projet plus ambitieux dont les études doivent démarrer très rapidement » (NE du 27 septembre 2003). Si de tels projets devaient être engagés en 2003, nul doute qu’ils sont aujourd’hui bien avancés . . . Ou est-il envisagé un monumental Grimonprez-Jooris III ? Le projet de grand stade était une opportunité exceptionnelle de libérer le site de la Citadelle de cet ajout totalement incongru, au même titre que les aménagements de l’armée dont le départ fait l’unanimité. Il est largement temps d’aménager le chef d’œuvre de Vauban, remanié par ses successeurs mais sans en trahir l’esprit, afin qu’il puisse être visité pour lui-même, tant pour la qualité des constructions et des perspectives des bâtiments internes que pour l’ensemble des lignes fortifiées qui s’étalent encore aujourd’hui en profondeur, depuis les premières redoutes en terre jusqu’à l’étoile centrale. Le stade doit se développer ailleurs, dans un site qui lui permette de grandir, d’évoluer, stratégiquement placé pour l’accès de l’ensemble des spectateurs qui y viennent, dont à peine 20% sont Lillois. Nos élus le reconnaissent eux-mêmes parfois.

2 septembre 2002 :
Nord-Eclair. Pierre Mauroy : « J’ai la sérénité des bonnes troupes : nous avons un autre stade, le Stadium de Villeneuve d’Ascq, et nous ne sommes pas en manque de solutions possibles ».

11 septembre 2004 :
Voix du Nord : Philippe Daubresse : « Il faudra reprendre complètement ce dossier . . . Il faut même préparer notre sortie et ne pas attendre la décision du tribunal pour savoir ce que l’on fait . . . C’est un dossier qui a été mené en dépit du bon sens ». A l’heure où la ville martèle qu’il n’y a pas d’autres solutions pour ce stade, qu’elle joue le bras de fer en disant que c’est Grimonprez-Jooris II ou rien, il est bon de rappeler que d’autres n’ont pas toujours eu des propos aussi radicaux. On se prend à rêver en pensant à une Citadelle intelligemment mise en valeur, dans un espace créé pour elle au sein d’un écrin unique dans les villes de France, et d’un stade digne de ce nom qui permette aux amoureux du sport, des sports, de venir assister à des compétitions de grande ampleur dans un cadre adéquat. Deux lieux bien identifiés pour servir au rayonnement de la métropole toute entière.

Equipe de football du club Lillois en novembre 1913.



Envolée de montgolfières sur le champ de Mars en 1913.

 

Courrier reçus

Jean Pierre May à Monsieur Marc Philippe Daubresse Vice-Président de LMCU.
Le 2 janvier 2005

« … pourquoi ne pas exprimer la volonté politique de construire de suite, et par exemple sur le terrain de l’actuel Stadium Nord ou sur la friche de la gare Saint-Sauveur (et d’autres emplacements peuvent être trouvés) un grand stade moderne, confortable, offrant aux spectateurs l’accessibilité et la sécurité qu’ils sont en droit d’exiger. Cette décision immédiate ferait faire en outre l’économie des dépenses prévues pour créer un Grimonprez-Jooris II déjà condamné dans un avenir proche. Quant au financement du nouveau stade il doit être possible de l’assurer lorsqu’on sait qu’une chaîne de télévision peut engager une somme colossale pour obtenir l’exclusivité de la retransmission des matchs de la Ligue. La destruction du vieux stade pourrait intervenir ensuite pour donner enfin à « la Reine des Citadelles » l’environnement qu’elle mérite et que le public attend avec impatience. Au fur et à mesure de la construction de l’Europe, puissance politique, les peuples qui la composent éprouvent le besoin de garder de solides racines culturelles et le patrimoine architectural souvent témoin de l’histoire, en est l’une des plus profondes. »

Sébastien HUYGHE
Député du Nord
Conseiller Régional
Wattignies, le 11 février 2005

« J’apprends à l’instant que la Cour Administrative d’Appel de Douai accorde le sursis à exécution des travaux du projet de Grimonprez-Jooris II. Ainsi que je le confirmais à votre homologue de l’association « Sauvons le Site de la Citadelle de Lille » lors de notre entretien du 10 janvier dernier, je me suis déclaré favorable à la construction d’un grand stade à Lille, mais sur un autre site que celui de la Citadelle. Aussi, je vous félicite pour cette première victoire, et souhaite qu’elle soit annonciatrice de bonnes nouvelles pour l’examen au fond de ce dossier en juin prochain. »

Christian Decocq
Conseiller Municipal
Député du Nord
Lille,
le 04 février 2005

« Je tiens à vous informer personnellement des raisons qui m’ont dernièrement conduit, comme la très large majorité des élus du groupe (UMP et Apparentés) que je préside à la Communauté Urbaine, à voter le transfert de Grimonprez-jooris à LMCU et son extension. Par cette décision je suis fidèle à ma seule ligne de conduite : ne pas confondre l’intérêt de ma ville et l’opposition politique à Martine Aubry ! L’intérêt de ma ville et des Lillois, c’est l’extension de Grimonprez-Jooris. Pourquoi ?

I -De toutes les options, l’extension sur le site même reste l’option la moins coûteuse pour les deniers publics (50 millions d’euros pris en charge par la Communauté Urbaine).

2- Le choix d’un stade en cœur de ville plutôt qu’à la périphérie est le choix de l’animation plutôt que la désertification du centre ville, et cet investissement permettra la requalification générale de tout le secteur Esplanade, Champ de Mars, Passerelle Napoléon etc…

3- C’est un stade à bonne dimension pour une équipe de ligue 1 qui « marque des buts » et qui participe à l’image de notre ville et au développement. Il n’y a pas de grande ville sans un stade de ce niveau.

4- Il reste que le point crucial c’est l’accessibilité. Depuis deux ans, j’ai exercé une pression politique forte pour obliger le Maire à prendre des dispositions nécessaires pour garantir : l’accessibilité au stade et la tranquillité des riverains. C’est maintenant de la responsabilité de Pierre Mauroy, président de la LMCU qui a la compétence Transports, et de Martine Aubry qui a les pouvoirs de police de la Ville de respecter leurs promesses. Ils en sont responsables devant les Lillois »…..

Roger TAILLIBERT,
Membre de l’Institut,
Président de l’Académie des Beaux Arts.
Paris, le 17 mars 2005

Madame le Ministre,
Maire de Lille,

L’article publié récemment dans le journal « Le Monde » a soulevé un émoi considérable de la part de ceux qui regardent votre cité avec son riche passé. Peut-être le patrimoine doit-il être quelquefois l’objet d’une véritable discrimination, mais il reste le peuple et son histoire et nous connaissons tous, Madame, votre passion pour les qualités d’un état social. Certes, Vauban avait-il probablement les défauts que l’Homme porte en lui, mais la richesse de son talent ne peut être mise en cause. Je sais mieux que personne ce que peut représenter la passion du football, ainsi que le devoir de lui donner un lieu dont seul le Maire pourra être fier. Auteur de plus de 20 stades à travers le monde, je peux comprendre ce challenge. Mais d’autres lieux sont envisageables. L’histoire du football à Lille ne recèle certainement pas les vertus de Vauban ni son talent. J’ai moi-même défendu le fort d’Antibes et l’ai sauvé pour le sport, mais aucun stade ne fut construit. Votre ville doit être l’image exemplaire de ce grand Français, dont l’activité fut certes royale, mais qui peut-être eut été aujourd’hui républicain, son humanisme le laissant pressentir. A nom de mes célèbres confrères internationaux ayant conscience de vos exigences sportives, je vous demande de laisser vivre Vauban dans votre ville, où il sera toujours supérieur à d’autres élites contemporains. De grâce, vous ne pouvez être responsable de la destruction d’un tel lieu historique qui est la mémoire de la ville de Lille. On ne vous le pardonnerait pas. La très mauvaise image de la défiguration de notre territoire dilapidant certains points forts de notre culture, exige que certains doivent subsister. Si je me permets, Madame la Ministre, de m’appesantir sur les difficultés surgissant sur votre richesse historique, je voudrais de tout cœur éviter un sacrilège irréparable dans l’Histoire si riche de cette période. Par ailleurs, je suis convaincu qu’il existe une meilleure solution pour répondre à la vie politique et à ses exigences sportives telles qu’elles le méritent. En vous remerciant pour le regard que vous voudrez bien accorder à cette rencontre écrite, veuillez recevoir mes hommages très respectueux et très attristés.

Claude VASCONI,
architecte,
commissaire pour l’organisation de l’année Vauban au Grand Duché du Luxembourg.
Paris le 14 mars 2005

Madame le Maire, Un article publié dans le journal le Monde a récemment soulevé un émoi considérable auprès de ceux qui, de près ou de loin (et ils sont multitude), portent une attention bienveillante, et souvent passionnée, à l’œuvre de Vauban. La Citadelle de Lille-la première grande citadelle confiée à Vauban et reconnue d’emblée comme étant un chef-d’œuvre (son chef-d’œuvre) par sa nouveauté, sa modernité et son inventivité– nous est miraculeusement parvenue pratiquement intacte à travers les siècles. Les bâtiments qui y sont édifiés forment également cette synthèse entre l’architecture française du 17ème siècle et la spécificité d’une architecture flamande. Vauban, loin de promouvoir une architecture de « modèles » sut être inventif et spécifique à chacune de ses réalisations. A deux années de la commémoration du bicentenaire de la mort du grand homme (non seulement bâtisseur, mais aussi penseur, réformateur et humaniste– et ce n’est pas trop dire dès que l’on se penche sur son immense œuvre) - et au moment où les grandes villes fortifiées s’unissent pour rendre hommage à Vauban, où certains pensent à créer une « route Vauban », d’autres un « circuit Vauban », il serait criminel de réaliser ce grand stade de Lille sur l’ancien glacis qui associait/dissociait la Ville de sa Citadelle. Ayant récemment pu faire une conférence sur Vauban à l’initiative de l’association des architectes et ingénieurs de Luxembourg (cette ville qui ne s’est jamais remise de la destruction de ses fortifications ordonnée par Bismarck), et sachant que le Ministre de la Culture du Grand Duché entend organiser une année Vauban en 2007, accompagnée d’une importante exposition sur cet homme (on me demande d’être l’un des commissaires), il ne faudrait pas que Lille –votre ville– se situe à contre-courant de tout ce qui se prépare autour de ce bicentenaire. J’ai bien sûr conscience de la nécessité pour vous de réaliser un stade, mais de grâce faite-le ailleurs et laissez à Vauban ce qui appartient à Vauban et à l’humanité. Par la présente, je vous prie, Madame le Maire, de renoncer à ce qui sera considéré comme une atteinte sacrilège à votre Ville et à notre patrimoine. A l’heure où il conviendrait de combattre le mitage de notre territoire qui s’accélère, prenons exemple sur Vauban et ses villes délimitées. En espérant trouver auprès de vous un écho favorable à ma requête, je vous prie de croire, Madame le Maire, en l’assurance de ma considération distinguée.

Octobre 2004 : A propos du stade, de la Citadelle et des espaces publics. Le Tribunal Administratif de Lille, saisi par les associations " Renaissance de Lille ancien" et "Sauvons le site de la Citadelle de Lille", a pris quelques mesures exceptionnelles avant de rendre un jugement finalement attendu courant novembre. Il faut tout d'abord rappeler que le Président a accepté, à la requête de nos deux associations, que l'audience soit tenue préalablement à la date prévue par la Ville pour le commencement des travaux, afin que justice puisse être préalablement rendue sur cet important dossier. L'audience eut lieu le 1er juillet, seulement six mois après le dépôt de nos requêtes. Ce calendrier très réactif montre l'intérêt du Tribunal à cette affaire. Un deuxième point crucial fut, à la demande de l'avocat de l'association "Sauvons le site de la Citadelle", le jugement prononcé quelques jours plus tard par le Tribunal des Référés interdisant à la ville de démarrer des travaux, dans l'attente du jugement du Tribunal Administratif. À la suite de l'audience, le tribunal prit deux nouvelles mesures exceptionnelles : renvoyer la décision à la collégialité des présidents du Tribunal Administratif et demander une expertise indépendante sur les conditions d'accès et de sécurité du stade agrandi. Il faut se féliciter de l'ensemble de ces mesures qui marque l'attention de la justice à prendre en compte l'expression des associations, et son attachement à délibérer en dehors de toute tentative de pression politique. Le débat autour de l'extension du stade, engagé par notre association depuis trois ans, a permis de développer quelques idées fortes : d'abord faire prendre conscience à une partie de nos concitoyens qui le méconnaissait de l'intérêt majeur du patrimoine architectural, urbain et militaire de la Citadelle de Lille, ensuite amener les élus communaux et communautaires à voter des budgets d'aménagement sur les abords de la Citadelle, c'est-à-dire aujourd'hui principalement le champ de Mars (même s'il s'agit pour l'instant également des abords du stade) et enfin faire avancer la réflexion sur les transports publics, et notamment le tram-train, dans l'espace communautaire. Je me permettrais enfin d’informer nos adhérents qu’une action en justice est lourde et onéreuse, que nous avons besoin aujourd'hui, si cela vous est possible, de votre présence active pour poursuivre les activités et les combats engagés depuis quarante ans et de vos contributions financières afin de poursuivre nos actions en justice, lorsqu’il apparaît qu’il s’agit d’un ultime recours pour faire valoir la reconnaissance éclairée du patrimoine.

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Euralille nous avait alléchés avec des squares publics installés entre les immeubles, selon une savante disposition élaborée à partir des arbres existants et de l'ancien parcellaire des îlots de Saint-Maurice. Le temps d'une saison, des grilles noires ont poussé laissant le visiteur dans la rue derrière des grilles fermées à clé. Où se trouvent les promesses d'espaces publics novateurs et conviviaux clairement affichées par les promoteurs de ce quartier neuf ? Les espaces verts à venir dans le quartier du "Bois habité" connaîtront-ils le même destin ? Cette question est considérable dans une ville où l'histoire urbaine nous montre aussi intensément une définition claire du statut et du décor des espaces publics par la juxtaposition raisonnée des façades de maisons, alignées avec constance à travers les siècles. Il va falloir réapprendre à faire un urbanisme où espaces publics se conjuguent avec liberté d'accès. Et ne pas mentir sur la destination des sols.

Mars 2004 : A propos du stade, de la Citadelle et des espaces publics. La RLA a interrogé les auteurs et acteurs du projet d'agrandissement sur une évaluation rigoureuse de l'incidence de la proximité entre stade et Citadelle, du point de vue du monument historique classé et du site inscrit. Sans réponse satisfaisante de la Ville et du Ministre sur ce point, et après avoir déposé un recours gracieux à Madame le Maire, qui n'a pas reçu de réponse de sa part dans le délai légal de deux mois, nous avons déposé auprès du Tribunal Administratif de Lille, le 2 décembre 2003, un mémoire demandant l'annulation du permis de construire sur le fond et la forme. Sur le fond car la juxtaposition des deux bâtiments et une "erreur manifeste d'appréciation" du Ministre, sur le fond car la décision de la ville d'autoriser un stade de 35000 places contenant des activités de caractère privatif va au-delà de la législation du Plan d'Occupation des Sols (aujourd'hui Plan Local d'Urbanisme), d'autoriser des constructions à caractère sportif dans la zone naturelle de l'espace vert autour de la Citadelle, sur la forme parce que de nombreuses pièces légales permettant l'appréciation de l'impact du nouveau stade sur le site sont absentes du dossier de permis de construire.

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Les espaces publics lillois sont en chantier. Et cela va se poursuivre ces prochaines années, sous l'impulsion d'un renouveau de la convivialité de la rue. Lille 2004 porta le projet du cheminement depuis le parvis de la gare jusqu'à la Porte Royale de la Citadelle. Il s'y trouve quelques heureuses dispositions nouvelles, comme les lanternes installées en console sur les bâtiments de la rue Faidherbe, la disposition nouvelle du Quai du Wault, où l'on accède à l'eau par une "plage" dont le dessin et la mise en œuvre soignés font honneur à leurs auteurs, ou la douce reconquête, entre le canal de la Deûle et le jardin Vauban, d'une chaussée engorgée par un trafic routier au caractère périphérique, qui n'avait plus sa place en ce lieu.

Par contre, les travaux menés rue St André nous laissent insatisfaits, comme nous le fûmes lors des travaux de la rue Le Pelletier. Dans la vieille ville de Lille, principalement avec des façades du XVIIème et du XVIIIème siècles, il faut réfléchir aux profil et dessin des voies à mettre en place afin de créer une rue du XXIème siècle consciente de l'héritage présenté par le façades qui les bordent.

CITADELLE : NOVEMBRE 2003 : mémoire introductif d'instance déposé devant le tribunal administratif de Lille.Consultable à la RLA

 

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JANVIER 2004 : Avis rendu par l'association lors de l'enquête publique pour le P. L. U.


Consultable à la RLA

A propos de l'inventaire du patrimoine architectural et paysager

À propos de l'inventaire du patrimoine architectural et paysager de la ville de Lille

À propos du plan d'aménagement et de développement durable, du projet urbain de la commune de la nomenclature des secteurs.

A propos de diverses règles d'aspect extérieur

L'abreuvoir de Saint Jacques

La liaison Porte de Gand rue des Urbanistes

En l'état de nos multiples observations, également énoncées tout au long des phases précédentes de concertation et d'enquête publique, il nous semble que Lille Métropole Communauté urbaine, maître d'ouvrage du P.L.U., dont les services assurent la maîtrise d'œuvre, puisse répondre à ces remarques et suggestions. Il nous apparaît important que les associations puissent mieux agir devant la multiplication des phases et des lieux de concertation préalable, qui pourraient apparaître finalement assez vite dévoyées de leur substance et transformées en procédures formelles et bureaucratiques. Il y a derrière cette question bien évidemment des considérations nécessaires et importantes à tenir pour mieux comprendre la concertation dans la démocratie.

 

Octobre 2003 : Le dossier du stade. Nous vous proposons un résumé de tous les courriers et articles de presse, qui illustrent un an et demi d'action de la R. L.A. sur le sujet. Trop lourds à reproduire in extenso, ils sont à votre disposition dans nos locaux.

 

Octobre 2003 : L'actualité lilloise est riche d'événements de rentrée. l . Le recours gracieux que nous avons présenté fin juillet à Madame la Maire a été rejeté sans réponse à nos questions. Nous allons donc porter devant le Tribunal Administratif notre demande d'annulation du permis de construire, au titre principal de l'incompatibilité entre le site, le patrimoine et le stade étendu.

L'Hospice Gantois a réouvert ses portes. L'établissement hospitalier d'hier a cédé le pas à un hôtel de "charme". L'exercice était périlleux, mais au bout de deux ans de travaux, l'atmosphère est sauve. Restent quelques détails… Les badigeons de lait de chaux pigmenté de couleurs deviennent abondants et parfois surprenants.

L'Hospice Comtesse et la Porte de Roubaix n'échappent pas à quelques questionnements. Nous réitérons le souhait déjà formulé auprès de la Ville, il y a deux ans : réunir une information scientifique et technique d'après les témoins encore en place, formuler une charte des couleurs selon les types d'édifices et les époques de construction, insérer cette connaissance dans la révision du secteur sauvegardé, dont le règlement ne dit rien aujourd'hui, sur ce sujet. Les documents d'urbanisme sont en cours de révision par la Communauté Urbaine. Nous essayons d'installer une saine compréhension du patrimoine dans le projet urbain lillois et dans la Métropole en général. Il y a bien des réticences et d'incompréhension. Il va falloir continuer à faire tomber cet archaïsme de la pensée qui oppose sempiternellement patrimoine et modernité.

A PROPOS DE LA CITADELLE : mai 2002 : Rapport du commissaire enquêteur qui émet un avis favorable et observe que "les obligations légales de concertation ont été respectées bien qu'elles auraient pu être plus largement organisées".

18 juillet 2002 : Lettre à Mme Aubry reprenant l'ensemble des remarques du conseil d'administration sur le projet, sans réponse de la mairie.

I26 novembre 2001 : Lettre de la RLA à Mme Aubry demandant sa participation à la concertation sur le projet. 21 décembre 2001 - Réponse négative de la mairie afin de ne pas alourdir la procédure par une concertation ciblée avec certains partenaires …"Je reste persuadée qu'au cours du processus d'élaboration et d'enquête publique, vous aurez tout loisir d'exprimer vos positions et nous essaierons, dans la mesure du possible, d'en tenir le plus grand compte".

8 janvier 2002 : Lettre de la RLA soulevant nos interrogations sur un projet d'aménagement général du site sur le projet du devenir de la Citadelle, sur la desserte et le stationnement.

4 février 2002 : Réponse de Mme Aubry qui précise que l'ensemble des interrogations de la RLA ont été intégrées dès l 'origine du projet."En ce qui concerne les déplacements, deux études d'accessibilité ont déjà été réalisées, en particulier pour connaître dans le détail le comportement des usagers du stade. Consciente du fait que la desserte d'un stade en milieu urbain ne peut se concevoir avec les moyens traditionnels, j'ai, moi-même, annoncé au bureau de la CUDL, que la Ville entendait être exemplaire sur ce thème, en privilégiant les transports en commun, y compris par voie fluviale, et souhaité la mise en service rapide de navettes préfiguratrices de la ligne de bus à haut niveau de service et du Train-Tram, qui desservira, à terme le stade".

21 mars 2002 : Remarques de la RLA relatives à l'enquête publique adressées au commissaire enquêteur.. À propos du stationnement, de l'insertion dans le site et de la cohérence avec le patrimoine de la Citadelle, du zonage entre POS, PLU, de la concertation et du débat public.mai 2002 : Rapport du commissaire enquêteur qui émet un avis favorable et observe que "les obligations légales de concertation ont été respectées bien qu'elles auraient pu être plus largement organisées".

18 juillet 2002 : Lettre à Mme Aubry reprenant l'ensemble des remarques du conseil d'administration sur le projet, sans réponse de la mairie.

10 Août 2002 - article dans la Voix du Nord : Pour le président de la RLA, l'absence de concertation, au sujet du futur stade cache un manque de décision, dangereux pour le développement du site de la Citadelle.

10 septembre 2002 : Lettre à M. Aillagon, ministre de la culture, qui précise le point de vue de l'association : La Citadelle et l'Esplanade de Lille ont besoin d'un projet d'aménagement ; Ce sont des témoignages majeurs et irremplaçables qui ont vocation de figurer parmi les sites inscrits au Patrimoine mondial.

11 septembre 2002 - article dans la Voix du Nord : "Le stade est un projet, est-ce le meilleur ?". La Citadelle et l'Esplanade ont besoin d'un projet de reconversion, pour l'instant le stade n'apporte rien au quartier, alors que construit ailleurs, il peut-être un formidable moteur de développement urbain.

17 septembre 2002 : article dans le Monde : La RLA a déjà exprimé au ministre son opposition au projet … elle souligne aussi, que les habitants du Vieux- Lille se plaignent des nuisances, alors que d'autres quartiers accueilleraient avec intérêt l'implantation du stade.

1er Octobre 2002 : Réponse du ministre : Transmet le dossier à la directrice de l'architecture et du patrimoine et ne manquera pas de nous tenir informés de la suite ...

19 Octobre 2002 : article du Figaro : Pour le président de la RLA : "Là où il est, le stade d'apporte rien du point de vue de la dynamique urbaine et le raser peut constituer une opportunité pour donner une autre dimension au site de la Citadelle, tandis que le construire ailleurs peut-être un formidable moteur de développement urbain".

14 décembre 2002 : La Voix du Nord : La RLA réagit "l'important c'est la Citadelle" : le stade n'est qu'un accessoire !" Un avis négatif du ministre aurait relancé le débat …. Sur les abords du stade on en reste aux documents de l'enquête publique, alors que le dossier a du évoluer.

8 Février 2003 : article dans la Voix du Nord . La RLA en appelle à l'opinion publique : La Citadelle "le plus beau patrimoine militaire, juste derrière les Invalides"." Le 3 février l'association a reçu du ministre de la Culture un courrier précisant que J.J. Aillagon avait reçu de la mairie de Lille des assurances précises sur la protection et la mise en valeur du site de la Citadelle ainsi que su l'aménagement des abords du stade et ses accès. Mais quels sont les arguments du ministre ? Quelles sont les assurances qu'il à reçues ? Le dossier du stade on en parle beaucoup mais qu'est-ce qu'il y a dedans"

20 Décembre 2002 - Questions de la RLA à Mme Aubry, après entrevue avec Messieurs P. de Saintignon, E. Quiquet et R. Caillau. 1) Notre attention principale porte sur la sauvegarde du patrimoine et le devenir de la Citadelle. Nous souhaiterions que la ville puisse susciter un dossier de reconnaissance de ce patrimoine au titre du Patrimoine Mondial de l’Humanité, selon la classification de l'UNESCO. 2) La Citadelle et sa ceinture de fortifications avancées, puis le Champ de Mars et l’Esplanade sont trois lieux distincts, riches d’histoire et d’événements mémorables. Comment le projet d’aménagement de stade et de ses abords comprend-il l’historique de ces lieux ? 3) Comment entendez-vous concilier la reconnaissance et la mise en valeur du patrimoine et assurer les contraintes de fonctionnement et de stationnement pour le stade proprement dit ? 4) Quels sont les échéanciers convenus pour l’ensemble des travaux de construction du stade et d’aménagement des abords, et quels sont les financements réservés sur ces deux parties ? 5) Par lettre du 4 février 2002, vous nous avez informés que « le cahier des charges inclut, bien sûr, la restauration des Ponts du Ramponneau, du Petit Paradis, la reconstruction de la Passerelle Napoléon, ... » Qu’en est-il de ces projets qui retiennent notre intérêt, notamment en ce qui concerne la reconstruction de la Passerelle Napoléon ?

10 février 2003 : Réponse de Mme Aubry Sur le devenir de la Citadelle, vous savez que nous faisons tout pour que l'Armée reste encore dans les lieux de longues années, car outre le fait que la Ville est dans l'incapacité financière d'assumer l'entretien d'un tel ensemble, il nous faut du temps pour trouver un usage à terme qui garantisse à la fois la sauvegarde du bâtiment et une animation à la hauteur de la qualité du lieu.

En ce qui concerne les démarches en vue du classement au patrimoine mondial de l'Unesco, je suis tout à fait d'accord pour y apporter notre entier soutien, mais des premiers contacts pris avec les autorités des Monuments Historiques, il semble que ce classement soit de plus en plus difficile à obtenir. Je crois que la chance de notre Citadelle, outre sa beauté intrinsèque, est la possibilité de l'inscrire dans un réseau transfrontalier des Villes fortifiées. Vous pouvez, en tous cas compter sur nous pour déployer tous les efforts en vue de ce classement.

Sur l'articulation entre le Stade et ses abords, je dois vous rappeler que, dès l'origine du projet, nous avons confié à M. Etienne Poncelet, Architecte en chef des monuments historiques, dont la connaissance du patrimoine lillois n 'est plus à démontrer, une étude sur ce point. Celui-ci a mis en évidence la liaison du stage agrandi avec le front Nord des fortifications et son dialogue avec les bâtiments anciens comme l'église St André ou le Grand Magasin. Comme je ne puis rentrer dans le détail de ses propositions, je vous transmets cette étude, en soulignant que nous l'avons validée et qu'elle représente désormais le cadre de notre action future sur tout ce secteur.

En ce qui concerne les contraintes de fonctionnement et de stationnement du stade, je vous confirme notre volonté de faire de ce stade un stade urbain, et de limiter au maximum l’impact de la voiture dans son environnement.
Je voudrais, tout d’abord, rappeler que la rénovation du stade présente l’avantage de réduire son emprise globale de plus de un hectare et demi et son impact direct sur son environnement immédiat, par la suppression de toutes les constructions parasites. Vous savez aussi que cette rénovation déclenche la formidable opportunité de récupérer plus de 8 hectares occupés par l’armée, lesdits terrains seront totalement réaffectés à usage d’espaces verts et d’espaces publics piétonniers. Dans un premier temps, les parkings actuels seront recomposés, mais sans aucune augmentation des surfaces imperméabilisées. A terme, lorsque le train-tram, dont les études opérationnelles sont lancées, sera en service, notre projet est de réduire encore la place de la voiture dans tout ce secteur et de privilégier l’accessibilité du stade par les transports en commun. A l’ouverture du stade, l’avenue Léon Jouhaux era fermée à la circulation et permettra ainsi une meilleure fluidité de la sortie du champ de Mars. L’Esplanade sera fermée les soirs de match et réservée au stockage de navettes rapides vers les gares et les parkings de dissuasion.

Soyez persuadé de notre volonté de privilégier l’accessibilité du stade par la marche (le centre ville est à un quart d’heure à pied) et les transports en commun. En ce qui concerne les échéanciers de travaux, je vous confirme que l’acquisition des terrains de l’armée est, d’ores et déjà, entamée par la CUDL, et sera terminée, équipements sportifs inclus, avant 2005. Les travaux du stade proprement dit, sauf recours suspensif ou appels d’offres infructueux, démarreront cet été, pour se terminer, au plus tard fin 2004. En ce qui concerne les abords, le réaménagement de l’allée des Marronniers et du glacis seront engagés en 2004, la totalité des aménagements sera réalisée de façon continue, en fonction de la libération progressive des terrains de l’armée. Les financements du stade, des acquisitions foncières (3M d’euros) et des travaux du glacis et du champ de Mars (6M d’euros) sont acquis et réservés dans le Projet Communautaire.

Enfin, je vous confirme notre volonté de reconstruire la passerelle Napoléon. Il y faudra quelque délai, car il faut monter un dossier complet auprès des Monuments Historiques, car une telle opération ne peut se faire qu’avec la participation financière de l’État, selon des modalités techniques qui restent à préciser.

Réactions des membres du conseil d'administration qui s'est réuni le 5 février 2003 et a voté contre le principe de l'extension du stade. Le conseil d'administration note beaucoup d'imprécisions dans les propos révélées par les expressions "nous faisons tout pour que l'armée…", "Compter sur nous pour déployer tous les efforts …", "Représente désormais le cadre…", "Limiter au maximum…", "Notre projet est de réduire…", "Notre volonté est de reconstruire… il faudra quelques délais…" Ces propos tiennent plus des intentions que d'un projet présenté par beaucoup comme imminent, urgent et "bouclé"... Cela confirmerait que rien n'est joué et beaucoup de points restent à verrouiller... Les différentes interventions ressemblent plus à des mesures compensatoires, qu'à un projet ambitieux centré sur la question de la Citadelle. Plus précisément, en ce qui concerne la passerelle Napoléon, aucune étude, ni dossier n'est en cours puisque "cela reste à faire"... Il n'y a rien de concret si ce n'est l'étude … qui devait être jointe au courrier et que nous n'avons toujours pas reçue…. Quant aux échéanciers et aux financements, cela manque de visibilité.