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La maison de bois de Saint-Maurice

Publié le 06 octobre 2007  

Rue des Jardins-Caulier, à deux pas d’Euralille, Augustin Rodriguez a restauré une maison de bois de l’ancienne zone non aedificandi du quartier des Dondaines. Une réussite et une preuve s’il en fallait, que ce petit patrimoine mérite bien toute notre attention.

La maison de bois restaurée par Augustin Rodriguez

Les planches de rives ont été découpées pour y restituer des lambrequins identiques à ceux en place sur les parties d’origine.

La maison de bois a connu à Lille deux grandes époques, celle d’avant la construction en brique et pierre, de l’antiquité au XVIème siècle, puis celle du XIXème siècle. Si les premières étaient répandues dans toute la ville, les autres étaient cantonnées à la zone extérieure des remparts, le glacis de la fortification dite zone non aedificandi. Donc, alors qu’en ville le Magistrat avait interdit l’usage du bois générateur de grands incendies, à l’extérieur on obligea à construire en bois pour pouvoir dégager le glacis en cas de siège, l’ennemi ayant pu trouver trop commode embuscade dans des constructions en dur. Il fallait pouvoir rapidement et énergiquement vider les lieux pour rendre au glacis sa fonction et son vide. Est née une typologie caractéristique de ces faubourgs immédiatement adjacents à Lille. Il n’y a pas si longtemps, ces maisons aux bardages de clins, la plupart petites et ramassées, basses et à un seul étage, étaient nombreuses tout autour de Lille et même jusque dans Wazemmes où elles dataient d’avant le grand agrandissement de 1858 qui vit repousser la fortification du boulevard de La Liberté au delà de Moulins, Wazemmes et Esquermes, sur nos actuels boulevards de ceinture et leur chapelet de portes.

Du Lille médiéval, il ne reste plus qu’une maison de bois retrouvée et sauvée in extremis rue de la Monnaie dans une ruelle adventice. Cette maison donne, côté cathédrale, sur l’ancien canal encore bien visible, et elle a sur cette façade gardé son encorbellement, disparu sur l’autre.

De la période plus récente, il subsiste encore de nombreux éléments qui vont se raréfiant au fil des démolitions ou des transformations. A Wazemmes, il en reste, rue de Flandres dont l’une est le théâtre Zem. Jusque dans les années 60, il y en avait un quartier entier sillonné de petites rues, en contre-bas de la rue Fontaine del Saulx, au chevet de l’église du Sacré-Coeur.

Il en est aussi à l’entrée de La Madeleine, mais on les compte en plus grand nombre à Saint-Maurice des Champs autour de la place Blanche.

Il faut les sauver

Quelques-unes sont encore dans leur état d’origine, d’autres ont été camouflées sous des façades de brique. Toutes sont menacées. Pourtant l’exemple donné par Augustin Rodriguez montre que leur restauration est possible et même conseillée. En homme de l’art, Augustin Rodriguez sait de quoi il parle. Certes, on le connaît surtout pour le travail de la pierre dont il s’est fait une spécialité. Le Vieux-Lille lui doit un grand nombre de façades de qualité. Mais ici, chez lui, il a préféré le travail du bois. Avec son inimitable accent espagnol, il explique comment, patiemment, il a transformé l’ancienne bâtisse, concédant quelque peu au modernisme mais conservant l’essentiel et surtout l’originale façade ainsi que la volumétrie, la toiture et le chéneau.

S’il est arrivé en 1976, rue des Jardins-Caulier, il n’a entrepris la restauration de cette maison là que depuis dix ans, l’effectuant « par échelon suivant le temps et les moyens. » Il a fallu aussi se familiariser avec une architecture particulière : « Ce n’est pas les mêmes procédés. Il a fallu trouver les matériaux qui correspondent aux dimensions anciennes. Les clins sont moins larges maintenant. Il faudrait les faire refaire. » Alors il a utilisé du bois du commerce sans que cela choque. Cependant la mise en oeuvre des planches est plus facile que celle de la pierre : «  Une pierre pèse de 50 à 80 kilos. » Toute l’ossature de la maison, faite de colombages remplis de briques de mauvaise qualité, collées à la bourre, a été conservée. Le bardage de bois permet à l’édifice de respirer ce qui assure la conservation de l’ossature qui pourrit rapidement quand les maisons sont rhabillées de briquettes de parement. Cette raison justifie à elle-seule que l’on préfère la restauration à l’identique. Ici, il y avait très peu de bois endommagé dans la structure. Même la cave, non pas voûtée de brique, mais également en bois, a été conservée dans son aspect d’origine et restaurée. En façade, le bardage a été refait en mélèze comme à l’origine. Un seul regret, il n’a pas pu être repeint du vert d’eau d’origine, la Mairie, dans ce cas et dans ce secteur, n’étant pas favorable à la couleur et préférant le matériau nu.

Bourgeoises à la campagne

Les maisons en bois ne sont pas toujours des petites maisonnettes basses. C’est ici une construction de belles dimensions, élégante malgré son aspect massif, éclairée par de grandes fenêtres qui animent et rythment la façade. Elle est composée d’un rez-de-chaussée et d’un étage surmonté d’un vaste comble à brisis. Le corps principal est précédé de deux édicules faisant pendant de chaque côté. L’un est d’origine, c’était un petit grenier à foin dont la charpente a dû être remplacée. Elle le fut avec des bois de récupération. De l’autre côté, il s’agit d’un pastiche sommé d’une verrière pour donner de la lumière et reprenant le même module. Les planches de rives ont été découpées à la scie sauteuse pour y restituer des lambrequins identiques à ceux en place sur les parties d’origine. L’ensemble est agréable et harmonieux.

Les travaux ont été menés par Augustin et son épouse, assistés par l’architecte Henry Wibaux. Augustin Rodriguez conclut : « Je suis fier d’avoir sauvé une maison, et d’avoir fait une habitation plaisante dans une maison ancienne. On vit dedans et on y est très bien.» Après avoir montré en face la maison d’Eugène Jacquet, dont le souvenir est perpétué par une plaque et malheureusement recouverte de briquettes, il se souvient de l’herbe entre les pavés quand il est arrivé dans le quartier . Depuis, tout a considérablement bougé, à l’horizon se dresse Euralille. Mais, sur le pas de sa porte, il montre un figuier, un bougainvillier et une vigne : « C’est mon Midi à moi. »

Cet article est extrait de notre bulletin d'octobre 2007, que vous pouvez vous procurer par correspondance, ou en vous rendant dans notre local de la rue de la Monnaie.

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