Municipales 2026 : les réponses des candidats à notre programme, nos propositions et nos questions
Publié le 12 mars 2026
Préambule
Dans quelques jours, vous allez voter pour le prochain maire et son équipe que vous aimeriez voir gérer et développer notre ville.
En qualité d'association lilloise attachée à défendre, préserver, faire reconnaître et valoriser le patrimoine de Lille, il nous a semblé pertinent de concevoir, écrire et réaliser une sorte de livre blanc sur ce qui est important pour une consécration du patrimoine à Lille et dans la métropole. Ce document était intitulé Eurapatrimoine.
Adhérent, vous avez été destinataire de ces 64 pages riches de réflexions, propositions, suggestions à l'attention de nos futurs élus. En effet, ce programme pensé et encouragé par le conseil d'administration, a été écrit et coordonné par Jean-Yves Méreau, président de la Renaissance du Lille Ancien de 2014 à 2024.
Il rassemble, comme vous avez pu le constater, nombre de projets émis par l'association depuis plusieurs années, réunis dans ce document cadre. Largement diffusé et bien sûr auprès des équipes des candidats aux élections municipales, il a été globalement apprécié.
Les candidats, Stéphane Baly, Louis Delemer, Arnaud Deslandes et des représentants de Violette Spillebout nous ont reçu et permis de développer nos arguments, nos attentes, nos souhaits et nos propositions, dans un climat d'écoute et d'intérêt. Certains projets ont été approuvés par certains candidats, d'autres ont suscité des échanges constructifs et positifs. On ne peut que se féliciter de ces échanges qui, sans être trop optimiste, illustrent un intérêt croissant de la part des politiques pour le patrimoine dans la ville.
Néanmoins, nous avons voulu confirmer notre démarche en interrogeant les candidats sur différents points que nous avions développés dans notre programme.
Cet exercice, que nous avons voulu le plus équitable possible, aura la pertinence de connaître les intentions de nos futurs élus.
La Renaissance du Lille Ancien tient à remercier les différentes équipes des candidats de nous avoir fait partager leurs positions sur la préservation et la valorisation du patrimoine de notre ville. Quel que soit le maire élu, nous resterons fidèles à nos engagements, à nos idéaux et à nos combats pour défendre un patrimoine de qualité et faire de Lille une ville de référence.
Bruno Goval, président de la Renaissance du Lille Ancien
Méthodologie et synthèse
A l’occasion de ces élections municipales, nous avons innové en lançant une opération inédite à Lille et sans doute très rare en France dans le monde associatif du patrimoine. En effet, en juin, nous avons réalisé un document-cadre de 64 pages exposant nos idées, nos propositions, nos demandes. Ce document comportait un focus sur le Vieux-Lille qui présente, malgré les apparences, un grand problème d'urbanisme, mais parlait de toute la ville et de la métropole. Édité suffisamment loin des élections pour ne pas interférer avec les programmes des candidats, mais au contraire les inspirer, il a reçu un bon accueil.
La déception vient du peu d'intérêt de la presse. Seule La Voix du Nord l'a relaté par deux articles (12 août et 1er septembre) et BFM a reçu Bruno Goval (lundi 16 février). Personne d'autre ne nous a contactés ni ne s'est penché sur le détail des propositions dont certaines pourtant avaient de quoi être développées : la place de l'adjoint au patrimoine, la restructuration de l'îlot Comtesse, l'avenir de l'ancien hospice général. Dans ces 64 pages, il y avait matière à alimenter bien des chroniques.
En revanche, notre document a stimulé les candidats. Nous avons tenté de tous les joindre mais certains sont difficiles à contacter. Pour faciliter le travail des candidats, nous avons complété notre document-cadre par une liste de quinze questions publiées en page suivante.
Nous avions envoyé le dossier Eurapatrimoine et nos questions aux six listes principales. Nous avons reçu les réponses des quatre connues de longue date. Nous avions prescrit un cahier des charges rigoureux : 10 000 signes tout compris, une photo et une brève bio de la tête de liste, une photo de l'équipe. Par souci d'équité et d'équilibre, nous avions défini une maquette précise : quatre pages par équipe avec photo du leader en première page et photo de groupe en pied de quatrième page. Présentation dans l'ordre alphabétique. Les candidats s'y sont tenus et ont accepté les ajustements proposés notamment dans le lignage pour qui avaient fait trop long... ou trop court. Tout en respectant notre charte graphique, nous avons conservé leurs présentations personnelles. Ils ont validé les pages avant édition.
Nous vous livrons un document unique, tribune libre sur les thèmes que nous avions définis. Vous pourrez juger sur pièce et voir comment s'expriment toutes les sensibilités et la place accordée à l'imagination, à l'expérience ou aux idées neuves car ces propos sont tous très riches et de haut niveau. Maintes propositions valent engagement car tout est extrêmement concret ce qui confirme le sérieux de notre démarche laquelle répond à un besoin d'expression démocratique.
Nous ne nous livrerons pas aux jeux des comparaisons dans le souci, affirmé dès le départ, d'être complètement neutre, de respecter l'expression de chacune et chacun, dans une volonté de rester totalement libre, apolitique et indépendant. Nous vous suggérons de bien lire nos questions, de bien relire le document-cadre et de vous livrer vous-même au jeu des sept erreurs.
Nous devons saluer la manière dont les candidats ont joué le jeu de cette opération, répétons-le, unique en son genre, une grande première à Lille, montrant comment la « société civile » peut apporter sa contribution au débat en toute neutralité et objectivité.
Jean-Yves Méreau
Liste des questions envoyées à tous les candidats :
Pour vous guider, voici une liste de questions se référant à notre document et qui peuvent servir de trame à vos réponses :
- Quelle est votre définition du patrimoine et d'une politique du patrimoine ?
- Qui sera en charge du patrimoine et de l'environnement ? Rang ? Fonction ? Champ d'action ? Qualification ? Un ou deux élus thématiques ou dilution des attributions ?
- Quel avenir et quelle ambition pour le Vieux-Lille ? Projet urbain ? Projet de quartier ? Projet métropolitain ?
- Quel avenir pour l'îlot Comtesse ? Quel nouveau grand musée de l'histoire de Lille dans Comtesse remodelé et agrandi ? Musées de la marionnette et de l'archéologie lilloise ? Création d'un véritable service d'archéologie ? Mise en valeur de l'Atelier de la Monnaie et des artistes lillois ?
- Envisagez-vous la création du Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine, obligatoire dans une ville d'art et d'histoire ? Localisation ?
- Vous engagez-vous sur la remise en eau de l'avenue du Peuple-Belge, avec pour premier geste un moratoire sur l'aménagement choisi ?
- Quelle est votre position sur l'avenir du palais de justice de Willerval et Spender ? Soutiendrez-vous notre demande de classement monument historique avec les tapisseries attachées à perpétuelle demeure ?
- Quel est votre projet sur l'hospice général (I.A.E.) et son environnement ?
- Comment envisagez-vous la mise en valeur et la protection du patrimoine de toutes les époques dans tous les quartiers de Lille, ce que l'on appelle le petit patrimoine ? Création d'une vigie du patrimoine pour assister les petits propriétaires notamment mais plus globalement tous les maîtres d'ouvrage ?
- Comment prendrez-vous en compte les grands monuments actuellement en souffrance : la Vieille Bourse, Rihour, l'église Saint-Sauveur ? Etc...
- Que comptez-vous faire pour la transmission des savoirs : savoir-faire, connaissance de l'histoire de Lille, connaissance de l'architecture de Lille, sauvegarde du patois et plus généralement ce que l'on appelle le patrimoine immatériel ?
- Comment comptez-vous mettre le savoir dans l'espace public avec une politique de panneaux d'information pour que la déambulation devienne instructive pour les Lillois autant que pour les touristes ? Lille est une ville extrêmement pauvre dans ce domaine.
- Comment comptez-vous concilier la plantation d'arbres avec la nécessaire mise en valeur du patrimoine et des perspectives pour ne pas céder uniquement à la politique du chiffre ?
- Quelles mesures prendrez-vous pour remettre en valeur les grands ensembles urbains comme la rue Gambetta ou les boulevards Victor-Hugo ou Montebello dont la cohérence architecturale se détériore au fil des initiatives privées ? Mettrez-vous en place des plans façades ?
- Statuaire, monuments, mobilier urbain, fontaines autant d'éléments qui donnent une image de la ville. Quel sera votre politique pour une prise en compte globale et homogène ?
Cette liste de questions n'est pas exhaustive. C'est un guide reprenant les grands éléments d'Eurapatrimoine, sorte de loi-cadre pour guider une politique municipale ordonnée et cohérente dans la défense et la mise en valeur du patrimoine sous toutes ses formes. Nous comptons sur vous pour enrichir encore nos propositions et demandes avec des engagements très concrets et en évitant la langue de bois.
Liste Lille Demain
(Les Écologistes, Génération·s, Génération écologie, L'Après et des Lillois engagés)
menée par Stéphane Baly
« Comprendre pour mieux se projeter, comprendre pour mieux agir »
Une vision du patrimoine pour le XXIème siècle
Selon nous, une politique du patrimoine vise à répondre à une question essentielle : comprendre d'où l'on vient pour savoir où l'on va. En ce sens le patrimoine s'entend comme l'ensemble naturel et culturel, matériel et immatériel qui a forgé l'identité de notre ville au travers des siècles et dernières décennies. Le développement et les formes de Lille, Lomme et Hellemmes sont comme ailleurs le résultat d'une géographie façonnée par des humains en fonction de leurs besoins, de leurs tensions : le fruit d'une histoire soumise à des contraintes géologiques, topographiques... C'est peu dire que l'eau, les rivières, les canaux ont été un déterminant qu'il convient de rendre de nouveau visible et profitable, tant leur fonction se rappellent à nous, en ce siècle assujetti aux enjeux climatiques.
Par souci de cohérence, le patrimoine donnera lieu à une délégation au rang d'adjoint, articulée avec les délégations à l'urbanisme, la culture, et la nature en ville. Une délégation à la culture scientifique sera par ailleurs créée, regroupant notamment le futur Muséum rénové, le futur CIAP, le jardin des plantes et le parc zoologique, en lien avec les réseaux d'éducation à l'environnement - qu'il soit naturel ou urbain - et au développement durable.
Quartier du Vieux Lille, un concentré des enjeux du patrimoine
Autrefois quartier pauvre et insalubre, le Vieux-Lille a été sauvé grâce aux mobilisations puis transformé et sauvegardé. Aujourd'hui, son image de « quartier riche doté de boutiques chics » tend à occulter une réalité plus contrastée avec une mixité sociale réelle. Ce serait une erreur de sous-estimer son potentiel pour la ville entière, comme espace de mémoire, de culture, de repos, de fraîcheur.
Les enjeux sont assez multiples et nombreux pour mener un plan patrimonial du quartier sur plusieurs mandats :
- Articulation indispensable du patrimoine naturel (zones humides, cours d'eau, végétation) et bâti (bâtiments anciens, vestiges de remparts, façades, etc.).
- Réflexion public-privé pour rénover et redonner tout leur lustre à la Halle aux sucres et à l'IAE que l'université devrait quitter et qui mérite de retrouver son plan-masse initial du XVIIIe siècle en tenant compte du départ de l'EHPAD des Bateliers annoncé par le CHU, dont l'emprise et bâtiment sont propriétés de la ville.
- Rénovation des surfaces en étage au-dessus des magasins pour les rendre de nouveaux habitables, avec un travail sur les accès.
- Ouverture et usages augmentés de certains espaces, en premier lieu de l'église Marie-Madeleine et de la salle des malades de l'Hospice Comtesse, dans le respect de leurs singularités (visites à nu, concerts, conférences, expositions avec une scénographie qui n'escamote pas le lieu mais le magnifie...)
Deux bâtiments emblématiques feront l'objet d'une attention particulière : l'Hospice Comtesse et le palais de justice de Willerval et Spender.
Nous partageons la perspective d'un grand musée, avec une extension menée sur les parties inaccessibles et la volonté de valoriser le fonds photographique ; nous encouragerons le travail mené avec le Musée Hospitalier pour remémorer la fonction initiale de l'Hospice. Priorité sera donnée au réaménagement du musée de l'Hospice Comtesse en cohérence avec l'îlot attenant : mise en évidence du moulin à eau Saint Pierre et discussion avec RLA pour intégrer un nouvel espace, aménagement paysager du type jardin de curé, connexion avec l'actuelle médiathèque qui pourrait accueillir à terme le CIAP (centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine) qui fait encore défaut à Lille.
En ce qui concerne le palais de justice actuel nous serons très attentifs à la possibilité de maintien d'une activité juridique en raison du sous-dimensionnement du nouveau tribunal judiciaire, d'autant qu'une activité du tribunal se poursuit dans la Halle aux sucres amenée à changer d'usage dans notre projet. La demande de classement Monument Historique avec les tapisseries attachées à perpétuelle demeure formulée par RLA, sera appuyée par la Ville. Le bâtiment appartient au conseil départemental qui a décidé de le mettre en vente. Nous ferons en sorte d'être partie prenante des nouveaux usages et conditionnerons tout permis de construire à des projets qui respectent l'intégrité architecturale extérieure et intérieure.
Concilier nature et patrimoine bâti
La requalification de l'avenue du Peuple-Belge sera révisée et ajustée en cohérence avec le choix de l'eau en réalité majoritaire lors de la consultation de 2022. La perméabilité entre les espaces sera pensée depuis le jardin du rectorat (ancien abreuvoir à révéler) vers le palais de justice actuel et futur, la Halle aux sucres, jusqu'à l'usine élévatoire, les jardins de la Poterne et des Lisières, avec une attention particulière à la jonction entre l'arc Nord et l'avenue, qui fera l'objet de réaménagements urbains et architecturaux conséquents (IAE/EHPAD).
Nous nous appuierons sur le diagnostic paysager et patrimonial effectué dans le cadre de la révision (ralentie) du Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) du Site Patrimonial Remarquable de Lille, ainsi que sur l'expertise de l'équipe retenue OKRA, internationalement reconnue pour avoir rendu au coeur d'Utrecht son canal historique Catharijnesingel (2017-2020) bannissant l'autoroute qui l'avait remplacé à la fin des années 60.
Cette démarche conduira à une réflexion plus globale sur la circulation de l'eau et les vecteurs de fraîcheur dans toute la ville. Il s'agira de rendre visibles les traces de certains canaux fermés au XIXème siècle et d'étudier une réouverture partielle pour aller aux racines de l'identité de notre ville. Un plan fontaines pour les trois communes associées viendra compléter ce travail.
Deux grands chantiers de restauration patrimoine/nature seront engagés :
La Citadelle Vauban souffre d'un manque d'investissement. L'état des remparts nécessite un plan de rénovation massif (les dernières grandes interventions datant du milieu du XIXème siècle). L'expérience de gestion écologique du patrimoine fortifié initiée par les élus écologistes lors des mandats antérieurs (délégués à la nature et au patrimoine) sera mise à profit dans la continuité du programme européen passé « Murailles et jardins ». Avec des financements nationaux et européens nous poursuivrons le travail entamé en intégrant une démarche d'économie circulaire et de médiation auprès des publics. La démarche de classement au patrimoine mondial de l'UNESCO - abandonnée dans ce mandat - sera reprise et pensée avec les villes partenaires évincées.
La grande serre du Jardin des plantes sera enfin réhabilitée et retrouvera son public. La rénovation thermique des vitrages permettra un fonctionnement en énergie quasi-autonome et sera pensée en lien avec le futur réseau de chaleur dans le secteur. Il s'agira de rendre sa splendeur botanique et architecturale à ce bel édifice brutaliste, de recréer un espace de nature sublimé à l'abri du bruit du périphérique et des intempéries, et d'obtenir le label national « jardin botanique ».
Une politique globale, un ancrage local
Nous créerons un centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine (CIAP), obligatoire dans une ville d'art et d'histoire, avec une possible localisation au Palais Rihour dans un premier temps puis dans le bâtiment de l'actuelle médiathèque du Vieux Lille destinée à déménager rue Maracci en 2029.
Ce CIAP associera des parcours thématiques de découverte du patrimoine, de l'architecture et des cultures locales à des présentations et réflexions sur l'évolution urbaine et paysagère de la ville et sa métropole (comme les CIAP Limur à Vannes, pavillon de l'Arsenal à Paris, halles Saint-Géry à Bruxelles). Les expositions permettront de présenter des oeuvres et documents issus des fonds photographiques de l'Hospice Comtesse, de l'Institut pour la photographie, du fonds audiovisuel de l'INA Nord. Des artistes locaux seront invités à porter un regard personnel et singulier sur le patrimoine naturel, bâti, immatériel.
À l'échelle de chaque quartier, un état des lieux sera mené conduisant à un plan de valorisation du patrimoine naturel et bâti (arbres, bâtiments, façades, décors, statuaires, fontaines...), afin de corriger les inadéquations et guider l'esprit des projets d'aménagement pour concilier histoire, esthétique et impératifs écologiques.
Au-delà du Secteur Patrimonial Remarquable, dont la révision du Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur est altérée par une difficile articulation entre ville, MEL, État - encore un chantier à finaliser en début de mandat - une attention sera portée sur le patrimoine dans le diffus et du XXe siècle. En plus de bâtiments majeurs à conforter (hôtel de ville, nouveaux usages à donner pour l'église Saint-Sauveur, la piscine Marx Dormoy, la cité administrative sans dénaturer leurs façades et logiques de construction...) il existe un maillage de singularités plus modestes à valoriser dans les trois villes associées (comme certains rangs boulevard de Strasbourg, pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres). Un processus de préservation et valorisation sera mené en associant et sensibilisant les instances de quartier, propriétaires, écoles, réseaux de voisinage, partenaires privés... Nous privilégierons ainsi le principe du bail emphytéotique à l'instar du palais Rameau et de St So Bazaar, qui reste à étendre à d'autres lieux (par exemple pour l'École supérieure de journalisme).
Enfin, une politique de patrimoine n'a de sens qu'appuyée sur un travail d'explication et transmission. Pour y parvenir, nous améliorerons la visibilité du travail de grande qualité fourni par les services municipaux (livrets focus par exemple) qui mérite d'être mieux diffusé et approprié. Cela passera par une refonte du site internet Lille Ville d'Art et d'Histoire assez limité dans son offre actuelle, insuffisamment exploité. Pour favoriser une déambulation urbaine instructive, une réflexion sera menée sur le mobilier urbain qui brouille parfois le paysage. L'identité formelle de panneaux instructifs sera harmonisée et modernisée, afin de déployer un parcours qui présente et remet en contexte des sites d'intérêt, monuments, noms de rues, lieux de mémoire.
Liste Lille au coeur
(Union de la Droite républicaine et du Centre)
menée par Louis Delemer
« Sauver ce que Lille a de plus précieux, son âme patrimoniale et de mémoire »
Constat
Une ville qui oublie son histoire perd son âme. Depuis trop longtemps, Lille laisse tomber en ruine les vestiges de ce qui a forgé son identité, on pense à « la Noble Tour », dernier vestige de l'enceinte du Moyen-Âge. Nous voulons stopper l'effacement progressif de nos rues historiques, de nos cours intérieures, de nos bâtiments historiques, de nos façades modetses et nobles à la fois. Nous lancerons un plan d'urgence pour le patrimoine en péril, afin de restaurer ce qui fait battre le coeur de Lille : ses quartiers et ses bâtiments anciens, populaires et vivants.
Propositions
La notion de patrimoine recouvre, pour une Ville, un vaste champ de biens immobiliers et mobiliers, matériels et immatériels.
S'agissant des biens immobiliers, il y a le patrimoine propre de la ville et les patrimoines d'autres propriétaires, publiques comme privés, dans la ville
1. Le patrimoine propre de la ville comporte les bâtiments administratifs (mairie et mairies annexes, locaux techniques municipaux divers...), les écoles maternelles et primaires, les établissements culturels (musées, salles de spectacle...) et les installations sportives, les lieux cultuels, dont la ville a la charge au titre de la « loi de séparation ».
Tout cela est divers voire disparate. Il convient donc :
- D'en dresser un inventaire exhaustif,
- D'en établir, par audit, un état des lieux, en vérifiant l'état du clos et du couvert et en chiffrant les travaux à réaliser, en ce compris l'isolation thermique et phonique (économie d'énergie et qualité du cadre de vie au travail, notamment pour les écoles et lieux d'apprentissage)
- Pour construire un plan pluri annuel d'intervention, distinguant le très urgent, l'urgent, le nécessaire et le souhaitable, s'étalant sur plus d'un mandant, afin d'identifier les budgets à mobiliser.
La gestion du patrimoine n'étant pas la préservation de tout à tout prix, il faut intégrer dans la construction du « Plan d'Action Pluriannuel Patrimoine Municipal » les changements éventuels d'usage voire de propriété (une bibliothèque dans une église désacralisée, un lieu d'accueil pour les sans-abris dans un immeuble administratif désaffecté...)
2. Le patrimoine immobilier dans la ville, autre que le patrimoine propre de la Ville, appartenant à une large gamme de propriétaires publics et privés, qui en assurent plus ou moins l'entretien et la valorisation, selon leurs moyens financiers et leurs prises de conscience, doit faire l'objet d'une politique volontariste et concertée d'entretien et de mise en valeur.
Il y a une contagion de la beauté comme il y a une contagion de la laideur !
Si, dans une rue, deux ou trois maisons se restaurent, le reste de la rue va se restaurer
Si, dans une rue, deux ou trois maisons se dégradent, le reste de la rue va se dégrader
Il est de l'intérêt collectif et individuel que la Ville insuffle le mouvement pour changer l'aspect, l'allure, l'image de la ville. Il faut rendre les Lillois toujours plus fiers de leur ville, avides d'en connaître l'histoire, petite ou grande, par exemple en implantant des totems explicatifs des sites, monuments, statues, nom des rues...
Les actions de Jean Royer à Tours, Jean Marie Rauch à Metz, de Jacques Vernier à Douai ou Jacques Legendre à Cambrai illustrent que là où s'exerce une volonté politique claire et constante, les résultats peuvent être, sur quelques années, spectaculaires.
Les municipalités lilloises n'ont pris conscience que tardivement, et sous la pression d'associations comme « la Renaissance du Lille Ancien »,
- de la valeur historique du bâti lillois,
- de son état déplorable, voire misérable au sortir des guerres,
- de l'importance de sa remise en état
- et du bénéfice que la ville et les habitants peuvent en tirer en termes de qualité de la vie urbaine et d'outil d'attractivité économique et touristique.
Il ne faut plus que l'on arrive à Lille en pleurant, quitte à pleurer de nouveau en partant !
Ces actions militantes en réaction contre la table rase pratiquée à Saint-Sauveur et pour éviter le même sort au quartier du Vieux-Lille, ont débouché sur la mise en place d'un secteur sauvegardé, devenu « périmètre du Site Patrimonial Remarquable » faisant l'objet d'un projet d'extension et d'un plan de sauvegarde et de mise en valeur, actuellement en révision.
Parallèlement, Lille a obtenu en 2004 le label « Lille, Ville d'Art et d'Histoire », la convention décennale Ville-État, en cours, s'achevant en 2027.
Si on navigue sur le site d'information de la ville de Lille, on trouve, en cherchant bien nombre d'éléments et de références. On ne part pas de rien et il est très significatif que la brochure exposant les modalités du renouvellement de la convention décennale 2017-2027 soit illustrée par la photo de la façade de la Vieille-Bourse, monument emblématique de Lille, dont la restauration n'a été permise que par une opération originale de partenariat « public-privé » grâce au mécénat de 20 entreprises et de quatre collectivités publiques (Ville, Département, Région, CCI) et bien sûr l'État, au titre des Monuments Historiques.
On ne part donc pas de zéro, mais les arbitrages budgétaires ont stoppé en 2014 la réalisation d'un Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine, pourtant prévu dans la convention Ville d'art et d'histoire.
Il est significatif que le Patrimoine soit confié à un conseiller municipal délégué et non à un adjoint de plein exercice, et pourtant Didier Joseph-François est architecte de profession et fut président de la Renaissance du Lille Ancien. Mais quel est son « poids politique » ?
Nous mettrons en place un adjoint au maire, chargé du Patrimoine « de » et « dans » la Ville, et les arbitrages budgétaires traduiront notre volonté d'action par les moyens dont disposera cet Adjoint.
Pour traduire en actes cette volonté politique municipale, il conviendra de mettre en place, sous la responsabilité de cet adjoint, une équipe technique légère, qualifiée et compétente, réel « Guichet Unique du Patrimoine », chargée de
- rassembler toutes les parties prenantes (propriétaires, administrations et structures publics compétentes, associations de quartier, médias...) pour engager un vaste mouvement « citoyens » en faveur du patrimoine,
- réunir toutes les informations nécessaires à l'action dans un centre de documentation et d'information (réglementations, aides et subventions existantes...)
- aider aux montages des dossiers tant sur le plan technique et architectural que sur le plan financier
- communiquer à l'extérieur, tant auprès des publics lillois que des touristes et du grand public national et international, pour faire savoir nos savoirs faire.
Les documents et publications du service « Lille Ville d'Art et d'Histoire » sont de belle facture mais confidentiels par manque de moyens donc de volonté municipale : ce service est installé dans un local inconnu du public et peu inaccessible, l'ancien presbytère de l'église désaffectée Sainte-Marie-Madeleine !
La relocalisation de ce service et son rôle de « guichet unique » pour assurer sa visibilité sera gage de notre volonté d'action.
3. On conçoit bien qu'au-delà des chantiers (donc des artisans du patrimoine et des emplois induits), ces efforts concertés, partagés d'amélioration du cadre de vie bâtit, c'est l'image de la ville, sa réputation qui se transforment, donc son attractivité économique, sociale, culturelle, touristique qui est en cause : il ne faut plus agir et gérer « en silo » mais construire des dynamiques transverses (Guichet Unique du Patrimoine et Office du Tourisme...) s'appuyant sur l'expertise et la compétence d'associations comme La Renaissance du Lille Ancien (voir notamment son document EuraPatrimoine Métropolitain, publié en vue des élections municipales), les Amis des Clochers du Vieux-Lille... et la complicité des médias (Michel Marcq n'a pas de successeur à la Voix du Nord)...
Au-delà, à moyen terme...
Notre programme porte quatre Grands Projets de moyen et long terme, de nature à transformer le visage de la ville et embellir la vie des Lillois :
- La remise en eau, au moins partielle, de l'avenue du Peuple-Belge, ce qui devrait s'accompagner de décisions quant à l'aménagement de l'Hospice Général et du palais de justice de Willerval, mais également l'îlot Comtesse, le tout constituant un ensemble historique remarquable.
- La couverture du « Boulevard Périphérique sud », pour réunir physiquement Lille Sud à Lille, ce qui s'accompagnera d'un agrandissement du Jardin des Plantes, occasion de trouver un destin à la « serre tropicale ».
- La constitution d'un Campus européen sur le site de Saint Sauveur, ce qui donnera un « coup de jeune » à ce quartier lillois un peu endormi, par l'accueil de nombre d'étudiants européens et mondiaux, renforçant l'attractivité de Lille et de la Métropole.
- La renaissance du Port fluvial de Lille, le long de la Deule vers la Citadelle, les activités économiques et de transport ayant été déjà très largement transférées vers d'autres zones portuaires (Santes...), sera axée sur des activités sportives et de loisirs, liées à l'eau, des espaces de détente et de nature, poumon vert de la Ville.
Liste Tout pour Lille
(PS, PCF, Place Publique, Debout ! MDC, LEF, PRG, Volt)
menée par Arnaud Deslandes
« Résister à la tentation de transformer le centre-ville et le Vieux-Lille en ville musée »
Notre ambition est de porter haut le patrimoine lillois mais aussi de l'inscrire dans son temps : une ville qui bouge, invente et s’adapte face aux défis sociaux et du climat.
Notre vision, un patrimoine vivant
Pour notre équipe « Tout pour Lille », il faut résister à la tentation de transformer le centre-ville et le Vieux-Lille en ville-musée, qui se viderait de ses habitants Notre politique en faveur du patrimoine ne consiste pas à figer la ville dans une image du passé, mais au contraire en révéler les traces pour bâtir le patrimoine de demain : respecter l'héritage, être tourné vers les habitants, contribuer à notre rayonnement - notamment touristique - et à l'adaptation au climat.
Cette dernière dimension, l'adaptation de la ville au réchauffement climatique, sera à prendre en compte inexorablement si l'on souhaite que notre ville soit vivable pour les générations futures.
Nous revendiquons un centre-ville habité, dans une conception où les lieux s'adaptent à la vie sociale contemporaine. L'intervention sur les sites et bâtiments - dont nous partageons la conception de Françoise Choay - doit accepter de « renoncer au dogme de leur intangibilité et au formalisme de la restauration historique » et « savoir procéder aux transformations nécessaires en associant le respect du passé et la mise en oeuvre des techniques contemporaines de pointe » (Françoise Choay, « Le patrimoine en question, anthologie pour un combat », Le Seuil, Paris, 2009,
introduction, p XLVI). Un patrimoine vivant, pour tous !
Notre levier d'action, le site patrimonial remarquable repensé
Ces questions sont au coeur de la révision et l'extension du Site patrimonial remarquable (SPR), démarche à laquelle la Renaissance du Lille Ancien est associée comme membre de plein droit de la commission locale du SPR de Lille. À cela, s'ajoutent les très nombreuses démarches de concertation et de participation citoyenne autour de cette démarche. Elles visent à sensibiliser habitants, propriétaires, commerçants et jeunes à l'importance de reconnaître le patrimoine, d'y prendre soin et de l'intégrer dans les projets de transformation du bâti et des espaces libres, publics ou privés.
Dès 2026, nous poursuivrons ce travail avec la finalisation du nouveau Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV). C'est une étape importante à laquelle le tissu associatif, économique et commerçant sera pleinement associé.
Notre priorité, le logement pour tous
Sans attendre, les secteurs du Lille ancien doivent rester un quartier populaire, accueillant du logement pour tous et notamment social ! C'est ainsi que le PSMV intègre déjà une servitude de mixité sociale renforcée, rendant obligatoire pour tous projets de réhabilitation ou de rénovation d'une certaine taille, 45% de logements locatifs sociaux. En étant parmi les premières villes de France à instaurer l'encadrement des loyers, à imposer la compensation pour lutter contre les meublés de tourisme ou à protéger les commerces dans les linéaires marchands, nous rejoignons pleinement la troisième ambition de votre programme, « un projet pour vivre ».
Notre identité à protéger, Lille ville marchande
Pour protéger les commerces de proximité contre la spéculation immobilière, après avoir interpellé le gouvernement, nous continuerons à porter auprès de nos parlementaires l'encadrement des loyers commerciaux. Nous porterons auprès de la MEL la création d'une foncière commerciale. Le défi est d'agir globalement pour la réhabilitation qualitative du tissu bâti, des caves aux pieds d'immeubles et aux étages vacants !
Focus sur la Grand Place et la Vieille Bourse
La piétonisation de la Grand Place est désormais réalité ! C'est un engagement que nous avions pris, dont le périmètre a été établi après concertation. Premiers signes d'un changement de perception de ce lieu, la disparition des potelets ou du son des autos, appelle d'autres actions pour l'embellir et l'animer en toutes saisons. Nous ne doutons pas que la Renaissance du Lille Ancien saura être force de proposition.
L'important travail de recollement des propriétés immobilières de la Vieille Bourse, complété des diagnostics structurels et architecturaux que nous avons réalisés ces dernières années est un bon exemple de la méthode à appliquer. Dans le même esprit partenarial qui a permis la mobilisation d'un mécénat pour rénover ses façades il y a 30 ans, cette connaissance nous permettra de réunir propriétaires et occupants autour d'un plan d'action permettant à la Vieille Bourse de retrouver son éclat.
Une ville pour marcher
Nous continuerons à qualifier les espaces publics. La généralisation dans les futurs aménagements des pavés recyclés et sciés, que nous avons négociée avec la DRAC et les architectes des bâtiments de France (ABF), est un bon exemple d'un patrimoine qui s'adapte aux usages.
Le vocabulaire de la métamorphose paysagère de notre ville, alliant végétalisation et plantation d'arbres, pistes cyclables sécurisées, place accrue pour les piétons, ville à hauteur d'enfants, attention aux personnes à mobilité réduite (PMR) et diminution de la place de la voiture a vocation à s'amplifier. Nous apaiserons et végétaliserons 70 nouvelles rues. Dans ces projets, nous généraliserons les « permis d'aménager » intégrant la dimension patrimoniale.
Le parc de l'avenue du Peuple-Belge
Avenue du Peuple-Belge, nous réaliserons le grand parc conformément au choix des Lillois suite à la grande concertation de 2022.
Depuis, ont été menées les études préalables, les auditions et le jury qui a permis de choisir le groupement qui réalisera le projet.
Trois grands objectifs sont partagés : le végétal, l'eau et l'histoire. Ils sont mis au service de la reconfiguration paysagère d'un site de 5,5 ha. Un principe de réversibilité vers une remise en eau est également acquis, permettant une évolutivité du projet à terme.
Dans l'immédiat, la grande idée est que l'avenue ne soit ne soit plus comme aujourd'hui un lieu de passage, mais qu'elle devienne un véritable parc, lieu de destination attractif et de vivre ensemble. Sur le plan du paysage et de l'architecture urbaine, l'un des axes forts sera, comme l'exprime la R.L.A. dans sa contribution, de révéler le pont neuf « actuellement enfoui sous des aménagements urbains » et routiers. Une transparence sera créée sous le pont, ouvrant une nouvelle perspective.
Le patrimoine du 20ème siècle n'y sera pas oublié, avec notamment l'ancien palais de justice (Jean Willerval) dont l'identité architecturale et historique est un atout à valoriser.
Le patrimoine dans la ville, une feuille de route
Notre état d'esprit s'inscrit dans l'héritage du « nouvel art de ville » pensé par Martine Aubry et dans le respect des ambitions d'une Ville d'art et d'Histoire. Nous revendiquons de continuer à « affirmer la ville à partir de ses repères » (l'histoire de la ville, la diversité physique et culturelle de ses quartiers) toujours avec la volonté de « construire le patrimoine de demain » (Martine Aubry, « Un nouvel art de ville, le projet urbain de Lille », Édition Ville de Lille, Lille, janvier
2005, introduction, p. 9).
À l'instar de la requalification des bassins du Jardin des Plantes, de l'oeuvre de Dodeigne place de la République, de la fontaine du jardin d'arboriculture (Vauban), de la restauration de la fontaine Wallace, des statues place Jeanne d'Arc, Philippe Lebon ou du Petit Quinquin square Foch, de la réfection de nos églises, etc. nous poursuivrons la transformation ou la restauration des repères inscrits dans la mémoire collective des Lillois.
Après avoir sauvé son patrimoine botanique, nous engagerons la rénovation de la serre d'exposition du Jardin des Plantes (Jean-Pierre Secq) dans une programmation cohérente avec le projet scientifique de labellisation « jardin botanique de France et pays francophones ». Autre exemple, l'anneau de Moebius place de la Solidarité (Marco Slinckaert) sera valorisé dans un projet plus large de requalification de la rue des Postes. Tout comme la fontaine (Yvette Melot-Morlaix) en lien avec la réfection de l'esplanade de la résidence du Beffroi (Jean Willerval) en concertation avec les copropriétaires.
La ville continue de se rénover et de se construire. À chaque échelle, nous favoriserons la créativité architecturale et paysagère. À l'image de la fresque monumentale « j'ai cueilli ces fleurs pour toi » porte des Postes (Gaël Davrinche), nous continuerons à mettre l'art dans l'espace urbain par des commandes auprès d'artistes tout en valorisant et préservant la statuaire publique.
Notre méthode, valoriser l'existant, inventer le futur
Notre méthode en matière d'urbanisme, « la démolition n'est pas un préalable », valorise le patrimoine industriel et les formes héritées de notre histoire, dès lors où peut s'y déployer un nouvel usage (logements, économie, équipements, etc.) : Fives-Cail, rives de la Haute-Deûle, EuraTechnologies, ancienne gare Saint-Sauveur (Saint-So, Bazaar Saint-So).
Nous continuerons à valoriser le patrimoine végétal, le vivant : arbres remarquables, alignements, parcs... mais aussi les îlots de biodiversité. En mettant le grand paysage au centre de la transformation de la ville, nous dessinerons le futur, comme avec la démarche d'Euralille à la Deûle.
Notre engagement est de toujours améliorer la connaissance du patrimoine et sa diffusion auprès des jeunes et du grand public, ainsi que dans l'espace urbain en déployant une nouvelle signalétique patrimoniale dans l'ensemble des quartiers, en consolidant notamment les liens avec les habitants, à la fois vigies, connaisseurs, et transmetteurs de notre patrimoine. Faire de l'Hospice Comtesse, restauré et enrichi, le grand musée de la ville et de son histoire sera un point fort de notre politique patrimoniale. Celle-ci, respectueuse et dynamique, devra valoriser nos richesses et éclairer les décisions à prendre pour faire de notre ville, Lille, le laboratoire d'un monde meilleur.
Liste Faire respirer Lille
(Renaissance Ensemble)
menée par Violette Spillebout
« Lieu d'appropriation collective, le PHARE fera rayonner Lille, fière de son patrimoine, ouverte, vivante et tournée vers l’avenir. »
Question 1
Le patrimoine est formé de tout lieu, construction, décor, objet, témoin d'une histoire partagée, à protéger et maintenir. Faire Respirer Lille (FRL) entend ne pas négliger le patrimoine « vernaculaire », l'habitat et les bâtiments d'usage courant, l'architecture de proximité ou le « petit patrimoine ». Le patrimoine immatériel comprend les fêtes et commémorations, les rites sociaux, coutumes et traditions, les savoir-faire (de l'artisanat ou de l'industrie).
Notre politique du patrimoine est une branche de notre politique culturelle en quatre grandes familles :
- Préservation, gestion et conservation du patrimoine et des savoir-faire
- Éducation aux arts et à la culture, EAC, et l'éducation aux médias et à l'information, EMI
- Diffusion et rayonnement de la connaissance, de la culture et des arts
- Soutien à la création de nouvelles oeuvres de l'esprit
Question 2
Le patrimoine et l'environnement feront l'objet d'une délégation clairement identifiée, prioritaire et non diluée au sein de l'exécutif municipal.
Un adjoint au maire dédié sera en charge du Patrimoine, avec un rang élevé dans l'organigramme à la hauteur de l'enjeu stratégique de cette politique pour Lille.
Cette délégation couvrira : le patrimoine classé et non classé, les édifices cultuels, le patrimoine scolaire et éducatif, l'éducation à la culture et au patrimoine, l'esthétique urbaine, la qualité architecturale et paysagère, l'articulation entre patrimoine, transition écologique et cadre de vie.
Il s'agira d'une reprise en main politique forte, compte tenu de l'ampleur des dossiers et de la nécessité de relancer une véritable politique patrimoniale :
- deux conseillers municipaux délégués disposant de périmètres précis ( patrimoine bâti / patrimoine culturel et paysage urbain),
- coordination étroite avec les services de l'urbanisme, de la culture, de l'environnement et de l'éducation
- travail régulier avec les habitants, associations, experts et Architectes des Bâtiments de France
Questions 3 à 8
Le programme de FRL est structuré autour de grands projets. Le Phare, lumières sur Lille, repose sur un centre d'interprétation, phare du patrimoine lillois.
Au PHARE, Lille se racontera. Marqué par un signal contemporain, confié à un architecte ou un artiste de renom, autour du thème de la lentille de phare, ce lieu sera installé dans l'ancien palais de justice au coeur du « quartier bleu » référence à l'eau. Ce Centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine, musée du récit lillois, porte d'entrée touristique métropolitaine, sera un repère architectural et lumineux contemporain, visible et accessible, au coeur du Vieux-Lille. Vivant et partagé, il permettra de comprendre l'histoire de Lille, de la Flandre médiévale à la ville contemporaine, d'en saisir les transformations, les héritages architecturaux et humains. Il accueillera une grande médiathèque métropolitaine, un office de tourisme et des espaces d'exposition, de transmission et de médiation, avec les écoles, collèges et lycées, pour faire de l'éducation à l'histoire locale un pilier de la citoyenneté. Y seront aussi le service Ville d'Art et d'Histoire et l'Office du Tourisme.
Lieu d'appropriation collective, le PHARE fera rayonner Lille, fière de son patrimoine, ouverte, vivante et tournée vers l'avenir.
Le CIAP le Phare est un projet global et cohérent dans un nouveau quartier clairement revendiqué comme patrimonial. Restauré, le canal de la Basse-Deûle sera la plus grande perspective à Lille (850 mètres), ponctuée de monuments d'exception : maison Gille de le Boe (1636), maisons du rivage (1662), hospice Comtesse et hospice général (1738), usine élévatoire (1876), palais de justice de Willerval et Spender (1970), conservatoire de Cerdan et Legros (1986), immeuble de Coldefy (2020). L'implantation dans le palais de justice, la remise en eau de la Basse-Deûle, le réaménagement de l'Ilot Comtesse et la reprise/réaffectation de l'hospice général feront émerger un « centre historique et patrimonial » de tout premier plan, structuré autour de sa voie d'eau, et dont le Phare sera le centre dans l'un des objets architecturaux contemporains les plus marquants de Lille.
Ce quartier doté d'un potentiel attractif majeur, permettra de découvrir l'évolution de l'architecture lilloise du XVIIème au XXIème siècles dans une série d'éléments particulièrement forts dans une grande proximité avec le CIAP qui accueillera une reproduction fidèle du plan-relief de Lille permettant des dispositifs de médiation moderne. Le trajet piétonnier jusqu'à ce lieu majeur sera repensé et valorisé depuis les deux gares (environ dix à quinze minutes à pied). Dans l'éventualité du bateau-bus depuis de grands parkings (Euratechnologies et ancien Port de Lille) pour une entrée de ville en bateau, l'embarcadère se trouverait au pied du centre d'interprétation.
On veillera aussi à faire participer les Lillois volontaires en un réseau d'ambassadeurs capables de s'exprimer dans au moins une autre langue (anglais et néerlandais, mais ch'ti aussi).
Ce projet complète « Lille bleue » présence de l'eau et rétablissement de son parcours par un plan phasé débutant par la remise en eau de la Basse Deûle. La recherche active de co-financements européens et la participation d'entreprises et entrepreneurs privés (Club Gagnants) permettra de ne pas peser sur les financements municipaux. Sur le temps long, on pourra restituer le continuum de voies d'eau permettant d'accéder au coeur de ville via la Deûle et rétablir les anciens canaux. Face au défi climatique et à l'augmentation des canicules, les îlots de fraîcheur autour de l'eau s'imposent.
Questions 9 10 14 15
« Faire respirer tous les patrimoines » répond à la mission de préservation, gestion, et conservation. À Lille, il y a 30 monuments classés et 170 inscrits au patrimoine qui ne sont même pas connus des Lillois, encore moins des visiteurs. Ils ne sont pas entretenus, alors que vingt classés sur les trente appartiennent à la ville. Les églises Saint-Sauveur, Sainte-Catherine et Saint-Étienne sont à l'abandon. Lille a renoncé sans débat au classement UNESCO de la Citadelle.
FRL propose la mise en oeuvre d'une charte patrimoniale concertée avec la DRAC et les propriétaires qu'il est bénéfique d'accompagner dans la restauration (comme au Havre) au lieu de les contraindre à des obligations jugées insurmontables sans négociation.
Objectif :
- restaurer et mettre en valeur les éléments majeurs - s'inspirer par exemple de la démarche de Rennes pour classifier les édifices en fonction de leur intérêt patrimonial (outil inscrit dans le PLU « Patrimoine bâti d'intérêt local »).
- mieux encadrer les loyers des boutiques plutôt que ceux des habitations, et contraindre les propriétaires à ce que les espaces soient occupés et vivants - quitte à accepter des boutiques éphémères ou des show-rooms d'artisans
- accompagner les propriétaires dans la restauration de leurs façades en lien avec les services des Bâtiments de France
- un patrimoine entretenu fait rayonner la ville et participe de la fierté des lillois.
Question 11
Pour la transmission des savoir-faire, Mode made in Lille propose de créer un conservatoire et une académie des métiers d'artisanat d'art liés à la mode : broderie, plissage, dentellerie (lien avec Calais et Valenciennes), plumasserie, bijoux boutons et accessoires. Lille a été un haut lieu du textile et l'imaginaire collectif conserve cet ancrage.(...) Le conservatoire préservera ces savoir-faire avec les entreprises encore en activité. L'académie permettra d'initier les jeunes générations et de transmettre par l'apprentissage de compétences techniques propices au passage à l'emploi.
Pour le patrimoine immatériel, après l'abandon du classement à l'UNESCO de la citadelle, FRL envisage le classement par l'UNESCO de la Braderie au patrimoine immatériel de l'humanité.
Question 12
Les flux piétons doivent être rendus agréables avec une refonte complète du piétonnier. On a de très beaux exemples de bandes roulantes pour les personnes âgées, les poussettes, les valises... dans d'autres villes. Les pavages sont à revoir.
Il faut mettre en place des cheminements patrimoniaux multithématiques, avec supports numériques et fléchage, consultables en ligne pour préparer sa visite. Les personnages phares, hommes et femmes marquants, peuvent donner lieu à des parcours joués par des comédiens, offerts aussi aux scolaires en pass culture collectif. Il faut mettre en valeur les quartiers tellement spécifiques, avec un parcours street art par exemple.
Objectifs :
- faciliter la marche à pied dans la vie de tous les jours des lillois
- proposer des parcours documentés pour faire découvrir des ensembles cohérents pour comprendre la ville, développer pour cela des cheminements piétons
- développer une signalétique cohérente et trilingue (français, anglais et néerlandais) aux abords et entre les monuments et points d'intérêt (indication au sol de points de vue instagrammables par exemple)
- utiliser les ressources du numérique et notamment la réalité augmentée
- faire vivre davantage le label « Lille, ville d'Art et d'Histoire »
Question 13
Concilier la plantation avec la mise en valeur du patrimoine suppose de sortir d'une logique purement comptable. Planter n'a de sens que si cela améliore durablement le cadre de vie, la qualité paysagère et la lisibilité de la ville, sans effacer son histoire ni ses perspectives urbaines.
Le verdissement se poursuivra dans tous les projets de rénovation de l'espace public, mais reposera en priorité sur une politique de préservation et de création de grands poumons verts. De véritables forêts urbaines, notamment sur l'île Boschetti à Bois-Blancs, au parc urbain de Lomme ou sur le site de Saint-Sauveur, entièrement consacré à un grand espace vert, permettront d'agir efficacement pour le climat et la biodiversité sans multiplier des plantations inadaptées dans des rues ou des places à forte valeur patrimoniale.
Ce choix permettra, dans certains quartiers historiques, d'éviter des plantations trop hautes ou trop denses qui mettent en ombre les façades remarquables, ferment les perspectives ou altèrent la lecture du bâti. La végétalisation sera pensée au cas par cas, en privilégiant les essences, les hauteurs et les implantations compatibles avec l'histoire et l'identité des lieux.
Chaque projet d'aménagement et de plantation sera examiné avec une double lecture environnementale et patrimoniale. Un spécialiste de l'histoire et du patrimoine de Lille sera recruté aux services de l'urbanisme afin d'assurer une vigilance constante sur la qualité paysagère, la préservation des perspectives et la cohérence entre végétalisation, architecture et esthétique urbaine. L'objectif est une ville plus verte, plus lisible, plus belle et fidèle à son âme.