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Avant la Renaissance du Lille Ancien

Publié le 13 mars 2004  

Lorsque, dans les années soixante du vingtième siècle, abordant le recensement des monuments au ministère des Affaires Culturelles, j'interrogeais un photographe connu sur la place de Lille à propos de l'existence d'éventuelles diapositives sur la ville, il me regarda incrédule. Comment pouvait-on poser une telle question ?

Relevé effectué par Mme Villain

La ville n'avait rien à montrer. Elle était laide et sale.

C'est vrai qu'elle paraissait dépourvue d'attraits. Comme on donne souvent toutes les qualités aux êtres disparus, les Lillois pleuraient le quartier Saint-Sauveur, saccagé par l'urbanisme des années 50-60. Sans s'interroger sur les trésors qu'ils possédaient encore, même s'ils étaient enfouis sous la crasse.

Pourtant, en 1950, au Palais des Beaux-Arts, une belle exposition avait retracé les grandes lignes du Lille ancien. Sous le contrôle actif de Pierre Piétresson de Saint-Aubin, directeur des archives départementales, elle était l'oeuvre de Pierre Maurois, le conservateur, dernier, dans le Nord, de la lignée des artistes peintres et autres archéologues. C'est de ce même Palais des Beaux-Arts, par le truchement des Amis du Musée, que devait partir l'initiative, presque nouvelle à l'époque, de faire visiter les monuments. Certes, les Amis de Lille, avant la guerre de 1939-1945, avaient partiellement rempli ce rôle, d'ailleurs relayé par la presse locale ; mais ces visites étaient réservées à leurs seuls adhérents. En tout cas, il fallait assurer le relais de cette association. L'idée fut de donner aux Lillois - à tous les Lillois - l'occasion de redécouvrir leur ville - de la découvrir pour certains.

C'est Jacqueline Dion, alors bibliothécaire municipale pour l'école des Beaux-Arts et pour le Musée, qui entreprit cette tâche, entièrement bénévole puisqu'elle se déroulait le dimanche, à l'exclusion des autres jours de la semaine. Je me souviens d'une radieuse matinée d'hiver, à l'atmosphère vive et glaciale, où la Citadelle nous ouvrit officiellement ses portes. C'était en 1963 ? D'autres visites furent programmées qui virent, comme celle-là, une belle affluence. Outre Jacqueline Dion, Jean Milot, Henry Leclercq et moi-même assurions les commentaires. Rappelons également que la Société de Géographie de Lille, sous la direction de son président, François Gosselet-Witz, s'était intéressée au patrimoine lillois ; par exemple en publiant le travail de l'Intendant Milot sur la Citadelle, justement.

Puis vint Madame Six-Thiriez. Et les Vieilles Maisons Françaises. La marquise de Amodio, présidente nationale, qui ne se trompait pas sur les personnalités, lui a proposé d'en fonder la délégation du Nord. Celle du Pas-de-Calais existait déjà avec la baronne de Fresnoye, autre « personnage ». C'est à cette occasion, un soir d'avril 1963, que j'ai rencontré celle que son entourage appelait Minou, et dans le cadre du domaine du Molinel à Marcq-en-Baroeul, à l'ombre, si l'on peut dire, de magnifiques magnolias. Quand elle se présentait à une conférence de presse, elle portait chapeau et voilette. Avez-vous déjà remarqué l'importance des chapeaux dans la Peinture ? Songez à la Jeune fille au chapeau rouge de Vermeer, au Portrait de Juliette de Villeneuve de Louis David ou encore à La Marchande de crevettes de William Hogarth ! Une élégance qui pouvait paraître surannée mais qui, chez Madame Six-Thiriez, ne manquait pas d'impressionner. Ainsi, elle apparaissait belle et raffinée. Alain Plateaux (qui a contribué, oh combien ! à la vie intense de la Renaissance du Lille Ancien) m'a raconté que lorsque Madame Six se présentait chez son père (photographe reconnu sur la place de Tourcoing) carnation de pêche, chevelure d'ébène et manteau rouge, tout le monde s'arrêtait pour l'admirer.

En silence. La délégation du Nord pour les VMF créée, tout naturellement Madame Six s'intéressa à Lille, une ville qu'elle connaissait bien ; son oncle Charles Delesalle en avait été maire. D'autres vous raconteront par quel chemin Madame Six en est arrivée à vouloir cette fondation faite pour la Défense ajoutée à l'Illustration. Jusque là, en effet, seule l'Illustration avait été commencée, notamment par les visites guidées évoquées plus haut ; un peu plus tard, par le premier livre sous la plume de Michel Marcq paru en 1967 sur la beauté de la ville que préfaça Yvan Christ, pourfendeur des saccages urbains, alors vice-président de l'Association Nationale pour la Protection des Villes d'Art.

Ainsi est née la Renaissance du Lille Ancien, regroupement de toutes les énergies, précédemment un peu éparpillées, pour valoriser et défendre ce qu'on n'appelait pas encore le Patrimoine lillois. Le valoriser, ce fut la mise en place non seulement d'un ensemble de guides, mais, surtout, la création de cours pour former de futurs guides. Le défendre, c'était, constamment, travailler avec les pouvoirs publics (et non pas contre eux). Tel fut tout l'art de la Présidente-fondatrice. Elle montrait ainsi le chemin à ses successeurs qui exploitèrent au mieux la formule.

Par Christiane Lesage, conservateur honoraire des Monuments Historiques, Présidente du comité flamand de France et auteur de nombreux articles tant sur la Flandres que sur Lille.

Cet article est extrait de notre bulletin de mars 2004, que vous pouvez vous procurer par correspondance, ou en vous rendant dans notre local de la rue de la Monnaie.

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