La gare de marchandises de Saint-Sauveur
Publié le 04 octobre 2004
Cette présentation signée Olivier Gérard et Claire Tavé est le résumé d'un mémoire à l'Ecole d'Architecture de Lille, sous la direction de Didier Joseph-François, enseignant à l'école d'architecture de Lille.du paragraphe de note
Le projet d'établissement d'une gare à Saint-Sauveur se forme en 1858, lors des discussions autour de l'agrandissement de la ville de Lille. Selon les différents projets examinés par la commission, parfois une gare apparaît, parfois elle disparaît, sans que soit précisée sa vocation.
La gare commence à être véritablement et physiquement implantée en 1864, date des premières acquisitions de terrains. Cette année-là se pose une nouvelle question : la séparation du transport des voyageurs et des marchandises. La polémique est telle que la question de l'utilisation précise du territoire ferroviaire de Saint-Sauveur est encore discutée un an après l'acquisition des premières parcelles. Cette indécision est compréhensible : l'exploitation ferroviaire des marchandises et des voyageurs est une nouveauté.
Les acquisitions foncières
Les terrains de la gare Saint-Sauveur sont achetés par le Conseil Municipal et par la Compagnie des Chemins de Fer du Nord. De fait, la plupart des grandes parcelles de terrains agricoles appartenaient à des grandes familles bourgeoises de Lille, telles les Lecroart ou Kulhmann, familles que l'on retrouve comme actionnaires principaux de la Compagnie. L'installation de la gare Saint-Sauveur s'est faite en trois temps.
La première tranche d'acquisitions, de 1864 à 1866, permet de réserver une parcelle de terrain parfaitement rectangulaire de 9,31 hectares. Cette forme idéale montre l'inexpérience de la Compagnie sur les conditions d'exploitation d'une gare de marchandises et d'installation de ses équipements. En effet, cette première forme laisse peu de place pour installer un faisceau de voies ferrées à l'entrée de la gare, puis pour une exploitation satisfaisante du terrain entre hangars, quais de déchargements et voies d'accès. Une première phase d'extension du territoire de la gare a lieu entre 1867 et 1877, par l'acquisition des parcelles mitoyennes du côté de la rue de Valenciennes. Puis une seconde extension a lieu entre 1880 et 1882, par l'acquisition des parcelles faisant face à l'avenue de Cambrai. Les cessions de terrains sont parfois très conflictuelles, malgré les indemnités d'expropriation que la Compagnie des Chemins de Fer du Nord réserve dans ses budgets. L'Administration Municipale et la Compagnie des Chemins de Fer du Nord ont également eu à négocier avec l'autorité militaire ; une part des terrains faisant partie des anciennes fortifications, des contraintes furent imposées par le comité des fortifications observant les directives du Ministre de la Guerre. Lors des séances du conseil municipal, on débat de l'augmentation des flux de circulation, du raccordement des rues et de la modification progressive des tracés, du raccordement des voies ferroviaires et de la traversée des terrains militaires.
Les bâtiments de la gare
Le bureau du service des marchandises ou « bureaux de la petite vitesse » est la plus ancienne construction du domaine de la gare Saint-Sauveur ; il date de 1865 et marque l'entrée du site. Il reçoit le public, abrite les services d'expédition et de réception sous une grande verrière abritant une rue couverte desservant au rez-de-chaussée les guichets et bureaux des arrivées et départs des marchandises ; des logements et du stockage s'installent dans les étages. Fort heureusement, l'aspect extérieur n'a pas changé ; il est l'expression d'une architecture d'ingénieur faisant appel au fer et à la brique, le tout visant la simplicité et l'efficacité. Le bâtiment est un pavillon ordonné par la haute galerie vitrée, scandé par le bossage de la brique industrielle formant des figures de pilastres et de cordons, appareillages se conjuguant pour magnifier la figure centrale de la haute verrière. Ce bâtiment reste en France l'un des rares exemples subsistant des premières constructions ferroviaires. Plus tardif, le bâtiment des douanes date de 1880 : composé sur le même principe de rue couverte, il présente un souci persistant de rationalité et d'efficacité. Les autres bâtiments, et principalement les entrepôts, sont le reflet des bâtiments-types développés en série par la Compagnie sur l'ensemble de son réseau.
Les rues anciennes et les nouveaux boulevards
Le boulevard Jean-Baptiste Lebas (boulevard des Ecoles) a subi d'importantes variations suivant les perspectives de l'implantation de la gare Saint-Sauveur. C'est tout d'abord une place devant la gare, puis c'est une esplanade étendue jusqu'à la porte de Paris, raccordée et intégrée au réseau des boulevards. L'état d'aujourd'hui recèle ces atermoiements, et notamment la jonction imparfaite des anciennes chaussées et chemins ruraux du faubourg des Moulins (rues de Douai et de Maubeuge) avec les nouvelles rues et boulevards de la ville agrandie (boulevard Victor Hugo et rue de Cambrai), erreur de conception qui laisse le haut de l'esplanade en attente d'une hypothétique résolution contemporaine, formant contre-pied au bel hémicycle ordonné autour de la porte de Paris par Charles Garnier, en 1858, pour la sauver de la démolition.
Jusqu'aux alentours de 1880, un boulevard militaire encerclait la ville de Lille ; l'abandon progressif de la fortification à usage militaire et l'essor industriel vont amener au changement de statut de cette voie pour amener un développement industriel du sud de Lille ; sur ce boulevard industriel prenant la place du boulevard militaire s'installe une voie ferrée allant de la gare Saint-Sauveur au port fluvial. Cette ceinture industrielle va s'épaissir après le déclassement des fortifications en 1919.
Finalement, le port fluvial sera raccordé à la gare de Lomme-Délivrance vers 1980 et le boulevard de ceinture sera disqualifié par le remaniement désordonné des voies. II y eut d'autres plans d'aménagement de la gare, notamment celui de Théo Leveau en 1947, plus récemment le projet de Lille Olympique, et aujourd'hui la requalification de l'esplanade Jean-Baptiste Lebas en fragment d'un parc urbain.
Saint-Sauveur, fantastique réserve foncière, reste un enjeu d'importance pour le développement futur du centre de la ville de Lille.
Cet article est extrait de notre bulletin d'octobre 2004, que vous pouvez vous procurer par correspondance, ou en vous rendant dans notre local de la rue de la Monnaie.