Le moulin Saint-Pierre se dévoile
Publié le 06 octobre 2009
Cette travée a complètement disparu dans la restauration opérée par Guy Jourdain dans les années 1980.
Que savons-nous d'autre de l'architecture originelle de ce moulin emblématique du Vieux-Lille ? En dehors de la façade sur rue que tout le monde connaît et qui a bénéficié il y a peu d'une colorisation outrancière, quelques éléments permettent d'avancer dans la reconstitution du bâtiment.
Un plan conservé aux archives départementales révèle l'existence de deux petites portes permettant d'accéder aux roues, uniques ouvertures dans chacune des façades latérales.
Un seuil prolongé par le montant chanfreiné en grès d'un de ces passages est encore partiellement visible dans le bras du canal couvert par des planches, au même niveau que l'ancien pont en grès à deux arches encore conservé sous la rue et à près d'un mètre en-dessous des pavés. Vus de l'intérieur du canal, d'autres vestiges s'offrent à nous.
En effet, le moulin développait un plan rectangulaire et reposait sur un impressionnant socle à parements de grès parfaitement conservé, dont la fondation est très certainement plus ancienne encore que le blason aux armes de Bourgogne conservé sur la façade.
Mais aucun élément ne nous permettait de restituer les élévations latérales et arrières, jusqu'à ce que deux clichés peu connus de Dubuisson, conservés à la bibliothèque municipale et mis en ligne depuis peu, ne retiennent notre attention.
Ils concernent la façade arrière du moulin. L'architecture qu'ils révèlent est en stricte continuité avec l'ordonnancement sur rue. Le corps XVIIème du bâtiment se compose de trois travées identiques, où chacune d'entre elles était constituée d'une ouverture à arc en épaule en grès surmontée d'une fenêtre à arc en anse de panier et claveaux à pointes de diamant. Un larmier continu courait au-dessus des trois fenêtres hautes, tandis qu'un bandeau formait appui pour ces dernières.
Du côté droit, vers la place Louise de Bettignies, l’un des clichés indique la présence d’une baie plus large.
Ce dernier espace s’appuyait sur la maison à pignon mitoyenne et correspondait au second bras du canal. Il abritait deux roues à eau.
Relevons que les ouvertures à arc en épaule, dont un linteau sur la rue de la Monnaie est sculpté aux armes de Bourgogne couvertes au centre par celles de Flandres, pourraient être plus anciennes que le reste du bâtiment reconstruit après un incendie en 1649.
Intrigué par ces témoignages photographiques étonnants, nous avons regardé de plus près la portion de mur qui ferme la cour de la boulangerie (2), le long de l'Hospice Comtesse et en retrait de la rue de la Monnaie.
Il présente divers ressauts et vestiges d'éléments architecturaux troublants, notamment un montant en grès qui s'élève au ras du sol (3) et ressemble en tous points à ceux visibles sur un cliché de Dubuisson, de part et d'autre de chacune des fenêtre arrières.
Ayant eu accès à la petite cour de la boulangerie nous pûmes retrouver, à notre grand étonnement, la partie droite de la façade arrière sur une longueur d'une travée et demie (1), pratiquement conservée sur l'intégralité de son élévation.
Une fenêtre murée y est encore intégralement visible, sommée par un arc de décharge en brique, ainsi que la moitié basse de l'ouverture du premier étage qui lui est exactement superposée, de même qu'un pan important du mur latéral droit.
Par ailleurs, il fut possible de vérifier que le niveau du sol de cette cour est plus bas d'un mètre par rapport à celui du sol situé derrière la façade conservée du moulin, et correspond donc au niveau d'origine. Aussi pensons-nous que les bases des différents murs du moulin sont encore conservées sous le niveau de la pelouse, ce qui pourrait être facilement vérifié par des sondages rapides.
Cette observation permet entre autres d'expliquer pourquoi le montant de fenêtre conservé en grès s'ouvre aujourd'hui au ras du sol. L'extérieur et l'intérieur du moulin ont donc été remblayés sur près d'un mètre de hauteur, probablement à l'aide des matériaux issus de la démolition de 1913. Il est fort probable que le sol originel ait été préservé sous le remblai, qui pourrait témoigner des dispositions internes de l'édifice. Là encore, un décaissement global du site de ses remblais du début du XXème siècle pourrait nous permettre d'en apprendre beaucoup.
Cette constatation montre donc que la faible hauteur de la porte d'entrée principale du moulin, conservée au centre de la façade rue de la Monnaie, n'est pas liée à la taille du lillois moyen au XVIIème siècle, comme il est trop souvent avancé, mais résulte bien de plusieurs siècles de remblais successifs ayant entraîné l'élévation du niveau de la chaussée, qui devait à l'origine marquer le passage de ce bras de rivière par un creux nettement prononcé.
Ces dernières découvertes viennent à la fois enrichir la connaissance de la structure d'un des premiers édifices industriels de la métropole, et permettent de proposer des hypothèses de reconstruction. Son éventuelle restauration devient d'autant plus passionnante.
Cet article est extrait de notre bulletin d'octobre 2009, que vous pouvez vous procurer par correspondance, ou en vous rendant dans notre local de la rue de la Monnaie.
Voir aussi notre bulletin de mars 2009 sur le même sujet.