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Le quartier Saint-Michel : un quartier universitaire

Publié le 07 octobre 2003  

Le 24 avril 1880, Jules Ferry, Président du Conseil et Ministre de l'Instruction Publique, est à Lille. A l'invitation du maire Géry Legrand, il vient poser la première pierre de la faculté de médecine et de pharmacie. Prenant la parole, il s'écrie : « On a dit que la ville de Lille était d'un certain point de vue une citadelle du cléricalisme. Messieurs, nous élevons ici citadelle contre citadelle dans le vaste champ de la Liberté »

L'un des premiers bâtiments sortis de terre

La faculté de Médecine et de Pharmacie

La Maison des étudiants, dessinée par Carlos Batteur, rue de Valmy

Le quartier universitaire

Pour comprendre le propos, de Jules Ferry, il faut revenir quelques années en arrière. Première ville et chef-lieu du département du Nord, Lille pouvait au début du Second Empire s'estimer lésée sur le plan intellectuel en étant toujours privée de facultés. Aussi accueille-t-elle favorablement la grande réforme de 1852 réorganisant la carte universitaire du pays. Un décret du 22 août 1852 lui accorde une faculté des sciences installée dans les locaux du lycée impérial et une école préparatoire de médecine et de pharmacie qu'un décret du 12 novembre 1875 transforme en faculté de Médecine et de Pharmacie. C'était un demi-succès pour la ville car les facultés de Droit et des Lettres restaient à Douai. La chute de l'Empire et l'instauration d'un nouveau gouvernement menant une politique résolument conservatrice et cléricale allaient bouleverser la situation. En effet, profitant d'une situation favorable à leur parti, l'assemblée générale des catholiques lançait l'idée, déjà ancienne, de la création d'une université régionale catholique. En octobre 1874, des cours de droit étaient ouverts. Et la loi du 12 juillet 1875 instaurant la liberté de l'enseignement supérieur trouvait les catholiques du Nord prêts à agir. Le 18 novembre 1875, un Institut catholique composé d'une faculté de droit, de chaires de lettres et de sciences, voyait le jour. En janvier 1877, trois facultés - droit, lettres et sciences étaient instituées.

Quelques mois plus tard, deux nouvelles facultés, l'une de médecine, l'autre de théologie, étaient inaugurées. Dans le même temps, grâce aux dons des catholiques du Nord, des terrains étaient achetés boulevard Vauban pour l'édification d'un vaste complexe universitaire dont la première pierre était posée le 22 novembre 1879.

Les catholiques avaient donc pris une réelle avance, ce qui n'était pas du goût des républicains et du fervent laïque qu'était Géry Legrand. Avec l'aide de son frère, Pierre, soutenu par Louis Liard, directeur de l'enseignement supérieur, le maire de Lille lançait en 1886 une campagne pour le regroupement des facultés de l'Etat à Lille. Au terme d'une pénible polémique avec Douai, Lille obtenait gain de cause. Le 22 octobre 1887, le décret décidant le transfert et le regroupement des facultés à Lille était signé. Le 6 novembre, Spuller, ministre de l'Instruction publique venait célébrer l'événement à Lille. Quelques années plus tard, à la suite de la loi du 10 juillet 1895, les quatre facultés constituaient l'université de Lille jadis de Douai.

En accédant au rang de ville universitaire, Lille s'engageait dans un vaste programme de constructions qui allait donner naissance à ce que les Lillois ont bien vite baptiser « quartier des Ecoles ».

Dès 1876, la ville entreprenait la construction de locaux pour abriter la faculté de Médecine et de Pharmacie sur un vaste terrain de 12 000 m2 à l'angle de la rue Jean Bart et de la rue de Valmy, face à la place Philippe Lebon. Les travaux confiés à l'architecte Carlos Batteur étaient achevés en 1892 pour un coût total de 1 350 288 francs. Pour abriter les facultés de Droit et des Lettres, l'Etat et la ville passaient, le 12 mars 1887, une convention dont les scientifiques, logés à l'étroit, devaient profiter. Sur les terrains encore libres situés entre la Porte de Paris et la place Philippe Lebon, la convention prévoyait un vaste programme de constructions :

  • construction d'un Institut de Physique, rue Gauthier de Châtillon
  • construction d'un Institut des Sciences naturelles, zoologie, botanique et géologie sur un terrain limité par les rues Malus, de Bruxelles et Brûle-Maison
  • construction d'un Institut de Chimie générale à l'angle des rues Barthélémy Delespaul et Jeanne d'Arc. Ces trois instituts relevaient de la faculté des Sciences dont les services généraux et les enseignements de mathématiques restaient logés dans la faculté de médecine
  • construction d'une faculté de Droit et d'une faculté des Lettres à l'angle des rues Jean Bart et Gauthier de Chatillon
  • construction d'une Bibliothèque universitaire entre les facultés de Médecine et les facultés de Droit et des Lettres sur un terrain limité par les rues Jean Bart et Gauthier de Chatillon

La ville et l'Etat s'engageaient à financer les travaux à part égale. Prudente, la ville se garantissait contre tout nouveau transfert en faisant inscrire dans la convention que « dans le cas où les facultés seraient supprimées, les locaux feraient retour à la ville ».

Le cadre général ainsi tracé, la ville lançait un emprunt et les travaux pouvaient commencer, non sans un certain retard. Pendant plusieurs années, ce secteur de Lille connut une intense activité. Maçons, tailleurs de pierre, menuisiers, charpentiers vivaient sur les chantiers où des tombereaux apportaient les matériaux et évacuaient les déblais. L'Institut de Physique, dessiné par Carlos Batteur, fut livré aux étudiants en 1892. La construction des Instituts de Chimie, de Sciences naturelles, de la faculté des Lettres et de la faculté de Droit releva du Service des Travaux municipaux sous la direction d'Alfred Mongy. Pour célébrer l'achèvement des travaux, de grandes festivités universitaires furent organisées les 1er et 2 juin 1895. La construction de la Bibliothèque universitaire s'avéra plus aléatoire. Elle accueillit ses premiers lecteurs en 1907.

Le quartier des Ecoles allait connaître une vie animée dont la Maison des étudiants dessinée par Carlos Batteur, rue de Valmy, était un haut lieu.

A partir des années 1950, l'augmentation du nombre des étudiants rendait ces locaux surpeuplés et inadaptés à l'enseignement et à la recherche. Commence le temps du grand déménagement. En 1954, la faculté de Médecine s'installait dans le vaste ensemble du CHU. Deux ans plus tard, en 1956, la faculté de Droit quittait les bâtiments partagés avec les littéraires et gagnait de nouveaux locaux, rue Paul Duez. Enfin, en 1969, les scientifiques partaient s'installer à Villeneuve d'Ascq, rejoints en 1974 par les littéraires et les juristes. Les locaux ainsi libérés furent immédiatement occupés par d'autres services de l'Éducation nationale (CRDP, CUEEP).

Si la place Saint-Michel ne peut plus se donner le petit air de Quartier latin qu'elle avait quand les beaux jours revenaient, si les librairies spécialisées qui s'y étaient installées ont toutes disparu à l'exception de celle de la rue de Valmy, le quartier des Écoles conserve une atmosphère qu'il convient de préserver. On peut aussi formuler le souhait que ces édifices soient mis en valeur et ne sombrent pas dans l'anonymat. Des panneaux pourraient rappeler leur destination primitive et les noms de ceux qui les ont édifiés. Dans le cadre de Lille, capitale européenne de la culture, ces bâtiments feraient bonne figure dans la liste des visites guidées proposées aux Lillois et à ceux qui viennent découvrir notre ville.

Cet article est extrait de notre bulletin d'octobre 2003, que vous pouvez vous procurer par correspondance, ou en vous rendant dans notre local de la rue de la Monnaie.

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